Modifié le 07 avril 2020 à 09:15

Accès gratuit à la culture durant la crise sanitaire, oui mais à quel prix?

Capture d'écran d'une vidéo faite par L'Orchestre national de France le 31 mars 2020.
Coronavirus: sommes-nous en train de brader la culture? Vertigo / 6 min. / le 31 mars 2020
En cette période de confinement, on ne compte plus les propositions de concerts sur les réseaux sociaux, de visites virtuelles de musées ou de films en streaming. Un temps béni de la culture facile d'accès et gratuite. Mais comment rémunérer les artistes?

Concerts de Stephan Eicher ou de Jean-Louis Aubert en direct sur Facebook, le Théâtre de Vidy et sa généreuse initiative "Vidygital" qui permet de visionner en streaming des spectacles de théâtre. Sans oublier le Montreux Jazz qui propose plus de 50 concerts en libre accès ou certains festivals de cinéma qui mettent à disposition du contenu en ligne afin de survivre malgré tout.

Dès le début de la crise sanitaire, les milieux culturels ont réagi à l'interdiction de rassemblement et aux fermetures. En quelques jours, ils se sont adaptés en passant au tout numérique. Et l'offre culturelle présente sur internet a explosé.

Une transition numérique pour tous les milieux culturels

La plupart du temps, ces contenus peuvent être consultés gratuitement, pour le plus grand bonheur des internautes. Les acteurs culturels peuvent ainsi garder contact avec leurs publics. Mais ce changement de mode de consommation de la culture n'est pas sans risque.

"La période actuelle doit faire réfléchir à nos modèles d'accès à la culture et à la manière de rémunérer les artistes", explique à la RTS Yaniv Benhamou, chargé de cours à l’Université de Genève et spécialiste en droit de la propriété intellectuelle.

Le chercheur rappelle que certains milieux culturels comme la musique actuelle et le cinéma par exemple avaient déjà entamé cette transition numérique. Suite à la dématérialisation des CD et des DVD, ils avaient dû trouver de nouveaux modèles d'affaires pour rétribuer les artistes. "Cette crise sanitaire va peut-être inciter les milieux culturels qui ne l'avaient pas encore fait à se tourner davantage vers le numérique", estime le chercheur.

Qui va payer pour le tout gratuit?

Mais qui va payer pour ces contenus numériques? Les géants américains qui les diffusent? Car malgré la gratuité des contenus, la culture a forcément un coût.

De son côté, Facebook n'a pas pour habitude de rémunérer les contenus qui sont postés sur ses réseaux (Facebook, Instagram). Sur YouTube ou Spotify, les sommes reversées aux artistes sont presque insignifiantes. Selon Yaniv Banhamou, le chanteur Booba aurait touché environ 10'000 francs pour sa chanson "Friday" qui compte plus de neuf millions de vues sur Youtube. Les autres entreprises de streaming qui rémunèrent les artistes le font aussi dans cette fourchette de prix. La crise permettra peut-être aux artistes d'obtenir des rémunérations plus justes.

Il y a un risque de brader la culture

Yaniv Benhamou, chargé de cours à l’Université de Genève et spécialiste en droit de la propriété intellectuelle.

Une plus grande démocratisation de la culture

Pour le chercheur genevois, les choix effectués par les acteurs culturels durant cette période de confinement sont importants. Il s'agit de décider quelle plateforme utiliser pour diffuser quel contenu et à quel prix. Et alternativement aux réseaux sociaux et sites internet appartenant à des grosses entreprises, "les acteurs culturels auraient peut-être intérêt à développer leurs propres plateformes afin de pouvoir rémunérer correctement les artistes", indique Yaniv Benhamou.

Il voit malgré tout des aspects positifs à cette consommation numérique de la culture comme celle de donner envie au public de se rendre dans les musées ou d'assister à des concerts une fois la crise sanitaire terminée. Et surtout, il espère que "ce virage numérique permettra une démocratisation de la culture avec un accès plus large à tous types de cultures".

Sujet radio: Miruna Coca-Cozma

Adaptation web: Andréanne Quartier-la-Tente

Publié le 07 avril 2020 à 09:04 - Modifié le 07 avril 2020 à 09:15