Modifié le 19 mars 2020 à 09:58

La crise du coronavirus révèle nos peurs profondes et archaïques

Panteleimon Giannakopoulos.
La crise du coronavirus peut révéler des peurs profondes: interview de Panteleimon Giannakopoulos Le 12h30 / 4 min. / le 17 mars 2020
Depuis lundi, les supermarchés sont pris d'assaut alors qu'il n'est pas question de pénurie en Suisse. Cette stratégie de l'écureuil réveille notre réflexe du bunker, explique le psychiatre Panteleimon Giannakopoulos qui appelle à plus de messages positifs.

Alors que les supermarchés assurent le suivi de leurs produits et que le Conseil fédéral dément toute menace de pénurie, certains rayons de grandes surfaces ont été pris d'assaut ces derniers jours, laissant l'image de champs de ruines après la bataille.

Que signifie ce besoin de faire des réserves? Que dit de nous cette stratégie de l'écureuil? "C'est une réaction profondément humaine, archaïque, qui ne concerne pas seulement les virus mais toute situation qui touche à nos fondamentaux. Quand notre vie est menacée, on a le réflexe du bunker pour assurer notre survie. Ce n'est pas rationnel mais révèle un sentiment de précarité, d'insécurité affective", explique Panteleimon Giannakopoulos, professeur de psychiatrie à l'Université de Genève.

Un besoin d'être rassuré

Même constat chez la psychologue et psychothérapeute Emna Ragama Pardos qui estime qu'il s'agit d'une réaction normale liée au besoin d'être rassuré. "Il ne faut pas encore blâmer ou culpabiliser ses gens, car ils sont anxieux", précise-t-elle. "Cette situation peut réactiver des traumas."

>> A écouter, la psychologue et psychothérapeute Emma Ragama Pardos: 

Les étalages des supermarchés se vident: les explications d'Emna Ragama Pardos, psychologue et psychothérapeute
12h45 - Publié le 18 mars 2020

Alors comment rassurer? Apaiser les angoisses? Pour Panteleimon Giannakopoulos, il s'agit de répéter ce qu'on peut faire plutôt que ce qu'on ne peut pas faire, "communiquer sur ce qui n'est pas interdit". Car l'anxiété est mauvaise conseillère et finit, quand elle s'installe, par provoquer deux comportements nocifs. Soit une attitude transgressive qui met les autres en danger; soit un repli dépressif.

Pour le psychiatre, la durée du confinement est aussi fondamentale. "Un stress aigu est tenable pendant quelques semaines, avec une communication claire et des mesures qui mettent en avant tout ce qu'il est encore possible de faire. Les choses deviennent plus délicates dans une perspective incertaine qui peut durer plusieurs mois".

Propos recueillis par Yves Zahno

Adaptation web: mcm

Publié le 19 mars 2020 à 09:07 - Modifié le 19 mars 2020 à 09:58