Modifié le 14 mars 2019 à 15:28

"Rape Day", le jeu vidéo controversé qui a scandalisé la toile

Capture d'écran du jeu "Rape Day".
Capture d'écran du jeu "Rape Day". [Desk Plant]
Un jeu vidéo qui propose de violer et de tuer des femmes a été mis en ligne sur la plateforme Steam avant d'être retiré la semaine passée, suite aux critiques des internautes. Les explications de Yannick Rochat, spécialiste des jeux vidéo.

"Contrôlez les choix d'un tueur et violeur en série qui rôde pendant une apocalypse zombie" indiquait le descriptif du jeu "Rape Day", littéralement "Jour de viol".

"Harcelez verbalement, tuez et violez des femmes pour progresser dans l'histoire. C'est un monde dangereux et sans règles. Les zombies aiment manger la chair des humains et les violer avec brutalité et vous êtes le violeur le plus dangereux de la ville", continuait le texte promotionnel.

Un jeu en attente d'approbation

"Rape Day" devait être mis en vente à partir d'avril par Steam. Déjà visible sur cette plateforme de jeux vidéo en ligne grand public, il était en attente d'approbation par Valve, propriétaire de Steam.

Mais la perspective de sa sortie a suscité nombre de réactions outrées sur les réseaux sociaux tandis que plusieurs pétitions pour l'empêcher ont été lancées. Cette levée de boucliers a contraint le propriétaire à le retirer.

"Nous respectons le désir des développeurs (de jeux) de s'exprimer, et la mission de Steam est de (les) aider à trouver un public mais ce développeur a choisi un sujet et une façon de l'illustrer qui rendent cette tâche très difficile pour nous", a indiqué le groupe Valve la semaine dernière.

Sur une Foire aux Questions qui apparaissait sur Steam avant d'être retirée, le développeur du jeu, qui se fait appeler Desk Plant, a affirmé qu'il s'agissait d'une comédie noire destinée aux "4% de la population qui sont des sociopathes" et que les gens étaient en mesure de distinguer la fiction de la réalité. Il promettait aussi de trouver une autre plateforme de diffusion.

Steam critiqué pour ses choix

Interrogé par la RTS, Yannick Rochat, spécialiste de l'univers du jeu vidéo et chercheur en humanités numériques à l'Université de Lausanne, explique qu'un tel jeu n'aurait jamais pu atterrir sur des consoles vidéo où les contrôles se font en amont.

Mais sur la plateforme en ligne Steam, la politique est beaucoup plus libérale. "Les jeux sont visibles même s'ils ne sont pas encore mis en vente. Les critères de refus ou d'acceptation ne sont pas transparents et ils se font au bon vouloir de cette entreprise qui est très critiquée pour ses choix." explique le spécialiste.

Concernant "Rape Day", Yannick Rochat estime que "la personne qui est derrière ce jeu a manifestement des problèmes. Elle veut exprimer des actes qui sont malsains et qui n'ont aucune portée artistique. Dans ce cas précis, on a un objet qui est problématique et qui doit être retiré du marché".

>> A écouter: Interview de Yannick Rochat, chercheur en humanités numériques à l'UNIL, excellent connaisseur de l'univers du jeu vidéo

Harcèlement en ligne: éclairage de Yannick Rochat, chercheur en humanités numériques UNIL
RTS
Forum - Publié le 12 mars 2019

Au nom de la liberté d'expression

Et pourtant, au nom de la liberté d'expression, le viol et le meurtre sont représentés dans la littérature, la musique et le cinéma depuis longtemps. "Le jeu vidéo, dans sa légitimité d'objet artistique, est encore en train de faire ses preuves et n'en est pas encore à aborder ce genre de question sérieusement" explique Yannick Rochant. Il estime que le jeu aurait pu sortir s'il avait été créé avec une autre mise en scène et avec un message de prévention. "La violence peut être tolérée si elle est accompagnée d'un âge légal comme c'est le cas dans le cinéma."

Propos recueillis par Renaud Malik

Adaptation web: afp/Andréanne Quartier-la-Tente

Publié le 14 mars 2019 à 15:16 - Modifié le 14 mars 2019 à 15:28