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L'accident de Tchernobyl commémoré 25 ans après

Une femme se recueille sur le mémorial aux victimes de Tchernobyl à Kiev [Sergei Supinsky - AFP]
Une femme se recueille sur le mémorial aux victimes de Tchernobyl à Kiev [Sergei Supinsky - AFP]
Le monde commémore mardi les 25 ans de Tchernobyl, la plus grave catastrophe de l'histoire du nucléaire civil, survenue en Ukraine alors soviétique. Mais en toile de fond, les accidents à la centrale de Fukushima au Japon ont fait revivre le cauchemar atomique.

Le 26 avril 1986 à 1h23, le réacteur numéro 4 de la centrale de Tchernobyl a explosé au cours d'un test de sécurité à la suite d'erreurs de manipulation, provoquant des rejets d'éléments radioactifs d'une intensité équivalente à au moins 200 bombes de Hiroshima et contaminant une bonne partie de l'Europe (lire Tchernobyl ).


Photo de la centrale nucléaire de Tchernobyl prise en avril 1986 et sur laquelle on voit la destruction du réacteur n°4. [Vladimir Repik - AFP]Photo de la centrale nucléaire de Tchernobyl prise en avril 1986 et sur laquelle on voit la destruction du réacteur n°4. [Vladimir Repik - AFP]Pour l'occasion, le patriarche russe Kirill a célébré dans la nuit de lundi à mardi un office des morts et fait sonner la cloche funèbre dans une église à Kiev à 1h23, lançant ainsi la commémoration du 25e anniversaire de la catastrophe.


Des initiatives pour le G8

Les présidents russe et ukrainien se sont rencontrés sur place mardi. Dmitri Medvedev, qui effectuait la première visite d'un dirigeant russe sur le site de Tchernobyl, et le président Viktor Ianoukovitch ont rendu hommage aux victimes de la catastrophe à quelques centaines de mètres de la centrale accidentée.


Les deux dirigeants ont appelé à un renforcement des mesures de sécurité dans les installations nucléaires à travers le monde, un mois et demi après les accidents à la centrale japonaise de Fukushima. "Nous commémorons une date tragique, vingt-cinq ans ont passé et nous avons compris que les accidents nucléaires ont des conséquences immenses pour la population", a déclaré Viktor Ianoukovitch.


Viktor Ianoukovitch et Dmitri Medvedev se sont rencontrés sur le site de Tchernobyl 25 ans après la catastrophe [Vladimir Rodionov - Keystone]Viktor Ianoukovitch et Dmitri Medvedev se sont rencontrés sur le site de Tchernobyl 25 ans après la catastrophe [Vladimir Rodionov - Keystone]Avant de se rendre sur le site, Dmitri Medvedev a de son côté indiqué que la Russie proposerait au sommet du G8 en mai "des initiatives concrètes concernant le renforcement des mesures de sécurité dans les centrales nucléaires", dans un texte publié par le Kremlin. Ces mesures viseront à "accroître la responsabilité des pays utilisant l'énergie atomique", a ajouté le chef de l'Etat russe.


Il a aussi rendu hommage aux sacrifices des 600'000 "liquidateurs" de l'Union soviétique qui ont éteint l'incendie et nettoyé la zone autour de la centrale, afin de minimiser les effets du désastre en dépit des risques pour leur santé.


Bilan controversé

Le bilan de Tchernobyl suscite toujours la controverse. Le comité scientifique des Nations unies sur les effets des rayonnements ne reconnaît que 31 morts d'opérateurs et de pompiers directement imputables aux effets de la radiation. L'organisation de défense de l'environnement Greenpeace parle quant à elle d'au moins 100'000 morts des suites de la contamination radioactive.


Un nouveau sarcophage nécessite d'être construit autour du réacteur accidenté.  [Mykola Lazorenko - Keystone]Un nouveau sarcophage nécessite d'être construit autour du réacteur accidenté. [Mykola Lazorenko - Keystone]Le silence officiel soviétique, suivi de mensonges, a contribué à la contamination de centaines de milliers de personnes, principalement en Ukraine, au Bélarus et en Russie. L'Union soviétique n'a reconnu le drame qu'au bout de trois jours, après que la Suède, atteinte par le nuage radioactif, a alerté le monde le 28 avril.


Manifestations dans le monde

Le président Dmitri Medvedev a estimé lundi que "dire la vérité" était la principale leçon à tirer de Tchernobyl tout comme de l'accident de Fukushima. Tchernobyl n'a été définitivement fermé qu'en décembre 2000, mais le réacteur accidenté recouvert d'une chape de béton à la va-vite n'est toujours pas suffisamment isolé.


Au cours d'une conférence le 19 avril à Kiev, la communauté internationale a débloqué 550 millions d'euros - sur un total de 740 millions d'euros manquants - pour aménager un nouveau sarcophage à Tchernobyl.


Des manifestations sont également prévues mardi à travers le monde, notamment en Suisse (lire: Nucléaire en Suisse).


agences/vkiss


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Réactions internationales

"Tchernobyl est devenu une leçon pour toute l'humanité et a contraint à revoir sérieusement les exigences concernant la fiabilité et la sécurité de l'énergie nucléaire", a estimé le Premier ministre russe, Vladimir Poutine.

"Tchernobyl a été une tragédie humaine inimaginable, mais aussi une leçon sur l'importance de la prévention, de la transparence et d'une surveillance adéquate" des centrales nucléaires, a déclaré Jerzy Buzek, président du Parlement européen, évoquant un "devoir de mémoire" à l'égard des victimes de la catastrophe.

"Fukushima est différent" selon Tokyo

Les accidents nucléaires de Tchernobyl et Fukushima sont "de nature différente", a souligné une nouvelle fois le gouvernement japonais mardi. Tokyo s'exprimait à l'occasion du 25e anniversaire de la catastrophe en Ukraine. "Il est clair que les deux cas sont de nature différente", a déclaré Yukio Edano, porte-parole du gouvernement, au cours d'un point de presse.

"La quantité de radioactivité relâchée (à Fukushima) a été d'environ un dixième" de celle relâchée à Tchernobyl, a-t-il insisté. A plusieurs reprises, l'Agence internationale pour l'énergie atomique (AIEA) a souligné que l'accident de Fukushima était "très différent" de celui de Tchernobyl, en particulier au regard du niveau des émissions radioactives. Aucun décès lié à l'accident de la centrale de Fukushima Daiichi (N°1) n'a été recensé à ce jour au Japon.

Tchernobyl, au nord de l'Ukraine, à la frontière avec le Bélarus