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La Grande peur dans la Montagne

Jean-Baptiste Puech (Joseph) et Jean-Luc Bideau (Barthélémy)
Jean-Baptiste Puech (Joseph) et Jean-Luc Bideau (Barthélémy)
Librement adapté du célèbre roman éponyme de Charles-Ferdinand Ramuz, La Grande Peur dans la montagne raconte l'histoire d'un village valaisan au siècle dernier, où s'opposent l'homme et la nature et deux générations : la jeune, cartésienne et l'ancienne, superstitieuse et mystique. Un "western alpeste" à découvrir le mercredi 24 octobre à 20h30 sur TSR1.

L'histoire

Librement adapté par Olivier Pouponneau, du roman de C.-F.
Ramuz, La grande peur dans la montagne raconte l'histoire
d'un village valaisan au siècle dernier.

Un village de montagne dans le Valais dans les années 50. Joseph a
25 ans. Comme tous les autres vachers du village, il subit depuis
plusieurs années la sécheresse. Chaque année, ses espoirs d'épouser
Victorine, la fille du plus gros fermier du village, s'amenuisent:
Joseph n'a pas d'argent. En jouant le tout pour le tout, Joseph
propose de mener cet été, un troupeau de vaches plus haut, là où
l'herbe est abondante : l'alpage de Sasseneire... mais cet alpage a
mauvaise réputation, il est maudit !

Les coulisses du tournage

A l'heure où son oeuvre vient de rentrer à la Pléiade,
adapter Ramuz, sa langue imagée et rocailleuse qui dit le monde
paysan et sa rudesse, son infinie poésie comme personne n'a su le
dire, est un vrai rêve de producteur.
André Martin, Bohemian
Films

L'auteur : Charles-Ferdinand Ramuz (1878-1947)

Né à Cully
(VD), Charles-Ferdinand Ramuz est de souche paysanne. Il fait
toutes ses études à Lausanne et rejoint pour les vacances la maison
familiale dans la campagne de Cheseaux (VD). C'est là qu'il
découvre la nature pour qui, il gardera une grande passion toute sa
vie.

Après des études de lettres, un bref passage comme enseignant à
Aubonne (VD), il décide de partir pour Paris afin de faire son
doctorat à la Sorbonne. Très vite envoûté par cette ville, il y
reste près de douze ans, laissant tomber sa thèse pour se lancer
dans l'écriture. D'emblée, ses écrits sont empreints de réalisme et
de nostalgie.

Entouré d'illustres artistes de l'époque (Paul Budry,
Edouard-Marcel Sandoz, Paul Claudel, André Gide, Charles Péguy,
Jean Cocteau, etc.), il ne parvient pas lui-même à accéder au
succès populaire. Beaucoup lui reprochent ses tournures trop
lourdes et ses entorses à la syntaxe.

Lorsque la Première Guerre mondiale gronde, Ramuz quitte Paris
avec sa femme - l'artiste peintre neuchâteloise Cécile Cellier -
pour retrouver son pays.

Il crée des revues (La voile latine, les Cahiers vaudois) dans
lesquelles il fait paraître ses écrits aux côtés des ceux d'autres
auteurs romands.

Durant l'Entre-deux-guerres, il publie deux de ses plus grandes
œuvres : La grande peur dans la montagne (1926) et Derborence
(1934).

Il s'éteint à La Muette, sa maison vigneronne de Pully, le 23 mai
1947.

Ramuz est l'auteur de nouvelles, d'essais, de poèmes, de chansons,
du livret de l'Histoire du soldat (musique d'Igor Stravinsky), d'un
journal, de 22 romans et de nombreux autres textes
inclassables.

Mot du réalisateur : Claudio Tonetti

J'ai découvert
l'existence de C.-F. Ramuz et son univers grâce à la télévision...
Eh oui !

La réalisation de Pierre Cardinal de La grande peur dans
la montagne
(1966) m'a donné envie de lire son auteur et
m'a fait comprendre que réaliser de bons films pour la télévision
n'était pas chose impossible.



La grande peur dans la montagne
représente pour moi un des
plus beaux romans de l'écrivain (avec Aline et la séparation des
races) pour sa maturité littéraire et les thèmes qui y sont
traités, car ils touchent à l'universalité.

Ramuz y met en scène l'homme face à la nature, à ses peurs
archaïques, ses croyances, ses superstitions, ses zones d'ombres,
sa cupidité. Ramuz explore et sonde l'âme humaine sans aucun
manichéisme.

Cette histoire est non seulement d'une extrême modernité mais
aussi d'une grande actualité. En effet, elle nous raconte comment
la nature, qui peut être clémente, belle et généreuse, peut aussi
se retourner contre l'homme.

Et la nature prévient que l'on ne plaisante pas avec elle.

C'est elle qui domine, qui peut donner et reprendre la vie.

La grande peur dans la montagne n'est pas un banal récit
montagnard. Ramuz nous propose une réflexion sur l'état du monde et
de la société et nous renvoie à plus d'humilité et de
simplicité.

Il y a pour moi dans ce roman non seulement un puissant souffle
poétique, mais également une dimension philosophique, prémonitoire,
voire métaphysique.

Réflexions sur les thèmes traités

Ramuz oppose non seulement l'homme et la nature, mais également
deux générations d'individus. La jeune, au raisonnement cartésien,
et l'ancienne, traversée par des croyances archaïques, mystiques et
proches de la sorcellerie.

Il fait cohabiter non seulement des êtres différents, mais des
générations, des manières de penser et donc des points de vue
divergents sur le monde. Malédiction pour les anciens et concours
de circonstance pour les jeunes, le malheur s'abattra et ébranlera
néanmoins tout le monde. Il fera douter les jeunes dans leurs
certitudes.

Tous ces événements vont déclencher chez certains de ces
personnages une prise de conscience, une réflexion sur le monde,
sur l'existence de Dieu, la situation de l'homme face au pouvoir de
la nature.

Ramuz ne donne pas de réponse. Mais il interroge, il donne à
penser, il interpelle! La grande peur dans la montagne soulève des
questions complexes et philosophiques. C'est en cela que l'on peut
dire qu'il y a une dimension métaphysique dans cette oeuvre.

Les thèmes abordés sont universels et intemporels et nous font
penser à des situations présentes. Le rapport de l'homme à la
nature et la transgression des règles qu'elle impose sont des
problèmes d'une actualité criante.

La nature apparaît aujourd'hui comme une victime, mais également
comme une force toute-puissante qui rappelle régulièrement à
l'homme sa présence. Tsunami, tremblements de terre, cyclones, etc.
incarnent à notre époque la toute-puissance de la nature
lorsqu'elle se déchaîne.

Ayant déjà pressenti que la nature et l'homme allaient de plus en
plus s'affronter ou se provoquer, Ramuz propose déjà au début du
XXe siècle une réflexion sur les rapports de l'une à l'autre. Sur
le respect que l'un doit à l'autre. Toute démesure est
invariablement punie à plus ou moins long terme...

Prix et Récompenses

Grand Prix Télévision du Festival d'Autrans 2006

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