Musique suisse : nos artistes ont du talent et ça s’entend !

Acteur majeur de l’écosystème musical, le service public audiovisuel suisse joue un rôle de partenaire auprès des artistes locaux. En deux ans, les chaînes radio de la RTS ont considérablement augmenté la diffusion d'artistes suisses et de sons régionaux : tous genres confondus, ce sont aujourd’hui 25% de musique helvétique diffusée chaque année sur nos ondes. Pour la RTS, cet engagement se traduit également à travers les nombreuses manifestations partenaires, pour lesquelles la RTS capte les concerts, ainsi que via les droits d’auteur dont la SSR est le plus grand contributeur. 

Label Suisse FestivalLabel Suisse FestivalLe 16 septembre prochain, la création helvétique sera mise à l'honneur lors de la Journée de la musique suisse. La RTS et les autres unités d’entreprise de la SSR y contribueront en diffusant exclusivement de la musique suisse durant 24 heures. Ce même week-end, une grande partie des artistes lauréats du Grand Prix suisse de musique se produiront au festival Label Suisse

Dans ce cadre, Nicolae Schiau (chef Unité Jeune Public, Musique et Humour), nous en dit plus sur le lien qu’entretient la RTS avec l’univers musical suisse ainsi que des actions qui sont mises en place sur nos antennes pour collaborer avec celles et ceux qui font rayonner la Suisse à travers leur musique. 

Interview de Nicolae Schiau

L'engagement de la RTS envers les artistes suisses

Que fait la RTS pour soutenir les artistes suisses ?  

Nicolae Schiau, chef Unité Jeune Public, Musique et Humour [RTS]Nicolae Schiau, chef Unité Jeune Public, Musique et Humour [RTS]Je ne suis pas convaincu que le verbe « soutenir » soit adéquat, même s’il est le plus couramment utilisé. La musique suisse n’est ni malade, ni vieillissante...  Bien au contraire !  Elle est ultradynamique, foisonnante, structurée, professionnalisée… Et notre rôle c’est d’encourager cette évolution tout en gardant un esprit critique dans nos choix éditoriaux et programmatiques. 

Pour répondre à votre question, nous collaborons de multiples façons avec les artistes suisses. Il y a tout d’abord la programmation musicale à la radio, dont la part suisse quotidienne n’a cessé d’augmenter ces dernières années pour se situer aux alentours des 25%. Il y a les captations de concerts, les concerts live ou showcases, les créations musicales spécialement commandées que ce soit pour des événements musicaux spéciaux ou pour l’habillage de nos émissions TV ou chaînes de radio. Enfin, les interviews filmées ou radiodiffusées restent un important levier pour les artistes lors de leur promotion d’albums ou de concerts. A ce même titre, la plateforme MX3 hébergée par la SSR est un outil pratique et précieux pour de nombreux artistes suisses. 

Toutes ces formes font de la RTS un acteur essentiel dans l’accompagnement de la scène musicale nationale, mais aussi un contributeur important. Il est peut-être utile de rappeler que nous versons des droits d’auteur à chaque diffusion d’une œuvre musicale.

Aujourd’hui, la musique est beaucoup consommée sur les plateformes de streaming, comment la RTS se positionne dans ce contexte ? Quels sont ses atouts et ses handicaps ?

C’est clairement une concurrence dans le sens que ces plateformes occupent une place significative dans le budget temps des Romand.es, notamment chez les plus jeunes. C’est aussi un problème, car ces plateformes ne contribuent pas de la même façon en matière de droits d’auteur. En Suisse, quelques 15 milliards de titres sont consommés chaque année sur ces plateformes. La Suisa n’en récupère que 10 millions de francs de droits d’auteur. La même année, la SSR verse 32 millions de francs, alors que nous diffusons nettement moins de titres. Une plus juste répartition des richesses doit être pensée, et ce dans l’intérêt des artistes. Néanmoins, la RTS propose également des playlists musicales sur ces plateformes, mais elles sont générées par des programmateurs.trices et non des algorithmes.

Quel est le lien qu’entretient la RTS avec l’écosystème musical romand ? 

Ce lien est étroit et important. Nous l’entretenons depuis cent ans, avec la naissance de la radio en 1922. La musique a toujours occupé une place importante dans nos programmes, et certaines émissions, comme le Kiosque à Musiques sont presque indissociables du genre musical en tant que tel. La RTS a aussi joué un rôle capital dans le développement d’importantes manifestations musicales, comme le Montreux Jazz ou Label Suisse. Enfin, sans être exhaustif, il y a cette volonté de proposer à notre public le plus large éventail musical possible, du jazz au métal, et ce notamment grâce à de nombreuses émissions spécialisées.

Selon vous, existe-t-il un dénominateur commun à la musique suisse ?  

Vaste question. On pourrait en parler pendant des heures…  Néanmoins, mis à part certains instruments de notre patrimoine musical, comme la Schwytzoise ou le Cor des Alpes, et le cliché qui va avec, je dirai non. Je ne crois pas qu’il y ait un élément commun qui de Genève à Mendrisio en passant par St-Gall permettrait d’affirmer « c’est un son suisse » ou c’est « totalement helvétique ». Ce qui nous réunit avant tout, ce sont des valeurs. 

Ceci dit, on observe de plus en plus des « sons régionaux », notamment dans les musiques actuelles. Ces « sons régionaux » sont parfois initiés par de labels comme Bongo Joe ou Colours Records à Genève, lesquels - dans des styles différents -  produisent des artistes avec des valeurs communes. Ou ces « sons régionaux » viennent de villes qui inspirent et réunissent certains artistes aux mêmes univers, comme la Chaux-de-Fonds. Mais c’est plus subjectif.

La RTS invite des groupes à jouer en live dans ses studios, quel est l’attrait du live et comment la programmation s’opère-t-elle ?

Le live est un précieux moyen de découvrir un artiste et de faire partager sa musique avec nos auditeurs.trices (et avec du public quand cela est possible). C’est un moment plus intimiste, plus rond, avec un son et une atmosphère différente. C’est aussi le direct, avec le stress et l’excitation qu’il génère. Le choix programmatique s’opère selon plusieurs critères, que ce soit l’actualité du groupe, sa disponibilité et le concept de l’émission. 

Que penser d’un quota de diffusion d’artistes suisses ? 

C’est un devoir et une fierté de diffuser de la musique suisse. Mais c’est tout aussi important que de veiller à un équilibre des genres et de respecter notre stratégie musicale globale. A mes yeux, il est essentiel que le public qui paie une redevance y trouve son compte musicalement, et que nous puissions garantir de la diversité. 

La RTS propose des soirées dans certains festivals, pourquoi ? 

Il est indispensable pour nous d’être là où la culture se vit et se raconte. Pour notre public, bien évidemment, mais aussi pour les artistes. On l’oublie souvent, mais un service public c’est aussi une mémoire collective. En musique, nous nous efforçons d’archiver un maximum d’interviews et de concerts. Pour notre patrimoine culturel. 

Nous sommes partenaires de nombreux festivals, dont Cully, avec lesquels nous entretenons des liens importants. Depuis quelques années, nous cherchons à créer avec eux des moments exceptionnels qui sortent des sentiers battus. Nous créons et stimulons certains liens, comme prochainement avec Yilian Cañizares et Arthur Hnatek à Label Suisse. Parfois, les artistes ne se connaissent même pas forcément.

Avons-nous une démarche spécifique pour toucher le jeune public ? 

Tataki est le vecteur principal de la RTS pour toucher le jeune public. Nous avons lancé de nombreux formats ou opérations spéciales (comme les Awards) qui sont fortement appréciés par notre communauté. En revanche, je me méfie de parler des « jeunes » comme ne faisant un seul et même groupe homogène, on peut avoir 20 ans et écouter Espace 2. D’ailleurs, c’est impressionnant de voir à quel point les musiques populaires sont pratiquées par « un jeune public », la moyenne d’âge y est inférieure à 27 ans. 

Quel intérêt pour la RTS de contribuer à la journée nationale de la Musique suisse ? 

Cela permet, une fois par année, de rappeler à notre public à quel point la scène helvétique est riche et importante. Pour moi c’est un geste fort et symbolique, il permet d’affirmer haut et fort : « Nous sommes suisses et ceci est notre culture. Nous sommes fier.ères et uni.es ». C’est aussi une journée d’échanges avec les autres Unités de la SSR comme SRF ou RSI. Des artistes francophones, pas forcément entendus outre-Sarine, ont ainsi la possibilité de se faire connaitre ailleurs dans le pays. 

Quel est le programme de la RTS ce jour-là, notamment en lien avec Label Suisse ?  

Nous présenterons la musique suisse dans toute sa diversité et sur tous nos vecteurs. Les formats et approches sont multiples, cela ira du concert live en radio, à l’interview sur les réseaux sociaux aux documentaires en TV. Label Suisse est une magnifique manifestation populaire que l’ensemble de la SSR relaiera aux quatre coins du pays. Ce week-end de septembre, la Suisse entière bat au rythme de la musique nationale.