Modifié le 18 mars 2019 à 17:49

Les six livres en lice pour le Prix du public 2019

Le jury de la sélection du Prix du public 2019.
Le jury de la sélection du Prix du public 2019. [Patrick Ferla - RTS]
Après lecture de plus de 60 livres et au terme de 5 séances et de délibérations animées , sous la direction de Patrick Ferla, les cinq jurés ont choisi de retenir les 6 ouvrages suivants:

"Une famille"

de Pascale Kramer (Flammarion)

La couverture de "Une famille", de Pascale Kramer. La couverture de "Une famille", de Pascale Kramer. [Flammarion]

"On ne peut pas laisser tomber un frère." Ce frère, c’est Romain, l’aîné de la fratrie au parcours de vie accidenté. Et c’est Edouard qui parle, l’autre frère, celui qui mène une existence bien rangée, "catho traditionnaliste" sur les bords, le même qui des années plus tôt est allé le sortir de la rue où il avait élu domicile et l’a accueilli chez lui.

En ce jour où Lou, leur sœur, accouche de son deuxième enfant, la joie n’est que de courte durée: Romain aurait quitté le travail qu’il occupait depuis trois ans. Très vite, la nouvelle se répand dans la famille et vient réveiller des cauchemars anciens. Certains en ont assez, d’autres continuent à espérer, comme sa mère Danièle dont la foi inébranlable la pousse à vouloir sauver son fils coûte que coûte.

Dans ce roman qui donne tour à tour la parole à ceux qui constituent cette "famille", Pascale Kramer met admirablement en scène les relations fraternelles et filiales et nous laisse avec cette interrogation: C’est quoi une famille? Jusqu’où est-on responsable de l’autre?

 

"Là-bas, août est un mois d’automne"

de Bruno Pellegrino (Editions Zoé)

Là-bas, août est un mois d’automne, de Bruno Pellegrino (Editions Zoé). Là-bas, août est un mois d’automne, de Bruno Pellegrino (Editions Zoé). [Editions Zoé]

Voici un éloge de la lenteur et de la liberté, un roman sur un frère et une sœur qui vivent depuis toujours sous le même toit et qui ont conclu ensemble un pacte tacite. Madeleine fume le cigare, se passionne pour la conquête spatiale, tient le ménage de la maison et, surtout, protège son frère. Gustave, lui, s’acharne à inventorier le monde et ce qui va disparaître, en marchant, photographiant, écrivant.

C’est que la paysannerie se transforme, ses rituels et ses objets aussi, et, avec eux, la nature. Bruno Pellegrino saisit avec talent ce couple frère-sœur et le cocon qu’ils ont tissé au creux de leur environnement, entre autarcie et symbiose. Le rythme qu’il insuffle à ses phrases nous projette dans un monde bruissant de couleurs et de sensations, l’univers rural des années 1960, si proche car revisité avec les mots du xxie siècle .

 

 

"La bonne vie"

de Matthieu Mégevand (Flammarion)

La bonne vie, de Matthieu Mégevand (Flammarion). La bonne vie, de Matthieu Mégevand (Flammarion). [Flammarion]

"Regarder à se crever les yeux, à éclater le crâne avec les yeux de derrière les yeux, de derrière la tête." L’homme qui écrit ces lignes tentera, toute sa courte vie durant, de voir. Né à Reims en 1907 et mort à trente-six ans à Paris en 1943, le poète Roger Gilbert-Lecomte – que raconte ce roman – est le fondateur avec René Daumal, Roger Vailland et Robert Meyrat de la revue Le Grand Jeu. Au coeur de l’émulation artistique des années 1930, il côtoie André Breton, Arthur Adamov ou encore Antonin Artaud et poursuit, tout au long de sa vie, une quête existentielle et poétique acharnée, accompagnée de prises massives d’alcools et de drogues. La littérature est pour lui considérée – au même titre que diverses substances – comme un moyen de dépassement de la condition humaine.

Loin de l’image d’Épinal du poète maudit, Matthieu Mégevand met en scène la vie de Roger Gilbert-Lecomte en cherchant à approcher son point d’incandescence – c’est-à-dire le moment où l’existence ne se suffit plus, se dépasse, surchauffe, et où l’acte créateur surgit. Au final, un destin d’étoile filante et un roman à son image: éclatant, lumineux, profondément existentiel et qui défile à toute allure.

 

"Lynx"

de Claire Genoux (Editions Corti)

Lynx, de Claire Genoux (Editions Corti). Lynx, de Claire Genoux (Editions Corti). [Editions Corti]

Une forêt, un fleuve, une maison d’enfance: c’est le monde de Lynx, dont le père vient brutalement de mourir, écrasé par un tronc. Destin, accident, suicide ? Quitter la buvette où il travaille, fuir à moto vers les terres amples et dures du Maroc serait une solution pour éviter de se confronter au drame, au souvenir d’une enfance faite de confusion et de solitudes. Quelque chose pourtant retient Lynx. Est-ce l’arrivée de Lilia et de son petit qui viennent aider pour la saison?

Au cours de cet été sec et enflammé, le plus chaud du siècle dira-t-on, une menace pèse, inexplicable. La forêt est un lieu puissant de rencontres et de cris sourds. Elle se fait, dans ce beau roman, l’expression d’une quête qui ne cherche pas à aboutir, mais questionne sans cesse le rapport à l’autre dans une écriture qui va au plus profond des êtres et des choses, à la fois âpre et d’une grande sensualité.

 

 

"Hériter du silence"

de Mathias Howald (Editions d’autre part)

Hériter du silence, Mathias Howald (Editions d’autre part). Hériter du silence, Mathias Howald (Editions d’autre part). [Editions d’autre part]

Ton rapport aux autres avait été fait de silence, cette matière invisible mais dense qui te mettrait, espérais-tu peut-être, hors d’atteinte du mal.

Que deviennent les images qui restent quand un père, décédé trop tôt, laisse derrière lui une vie de silence? Dans ce roman d’introspection familiale, l’album de photos ravive les souvenirs pour refaire l’itinéraire des larmes.

 

 

 

 

 

"Désirs et servitudes"

d’Anne Bottani-Zuber (Editions de l’Aire)

Désirs et servitudes, d’Anne Bottani-Zuber (Editions de l’Aire). Désirs et servitudes, d’Anne Bottani-Zuber (Editions de l’Aire). [Editions de l’Aire]

Le titre de ce recueil de nouvelles aurait pu être : "Contes du désir et de la servitude et de ce qu'il faut de luttes, d'amour, de mensonges et autres stratagèmes afin de concilier les deux. Si cela se peut. Si cela se veut." Mais c'était trop long. Ni Justine, ni Adeline, ni Sylviane, ni Line... aucune des héroïnes de ces quatorze nouvelles ne désirent être asservies.

Cependant toutes le sont plus ou moins fortement. La religion catholique d'autrefois, la religion de l'apparence d'aujourd'hui, le statut social, les relations conjugales et familiales, le poids des habitudes, l'addiction à la cocaïne... mettent en péril la possibilité de faire des choix librement consentis. En ont-elles conscience? Ont-elles envie d'être un peu plus libres? Et si oui, que font-elles?

Publié le 14 mars 2019 à 16:26 - Modifié le 18 mars 2019 à 17:49

A propos du Prix du Public RTS

Créé au milieu des années 1980, le Prix du public de la RTS (anciennement Prix des Auditeurs de la RSR) était remis chaque année au Salon international du livre et de la presse de Genève, comme ce fut le cas le samedi 28 avril 2018 sur le stand de la RTS.

Pour l'édition 2019, le Lauréat sera désigné le 18 mai après délibération du Grand Jury (25 jurés) et le Prix du Public RTS 2019 lui sera remis au Livre sur les quais à Morges, le samedi 7 septembre. Le prix est d’une valeur de 10'000 francs.

Le Prix est présidé depuis 2003 par Patrick Ferla.