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Sciences

Les bouteilles d'eau minérale sont en plastique. Y a-t-il un risque d'altération de l'eau à cause du contenant ? Si oui, ce risque dépend-il de l'exposition à la chaleur et à la lumière ?

Didier Perret

Réponse de Didier Perret

Docteur

Section de chimie et biochimie
Université de Genève

Bonjour Tonk!

Effectivement, le plastique est partout autour de nous, sous des formes et avec des compositions diverses et variées, principalement en raison de son coût très bas de production, de son faible poids, de l'aisance avec laquelle on peut lui faire prendre toutes les formes possibles.

Globalement, un nombre restreint de matières plastiques (appelées aussi polymères) utilisées dans l'industrie alimentaire et fabriquées à partir d'un nombre limité de monomères représente environ 90% du marché des plastiques alimentaires: Le polyéthylène (PE), le polypropylène (PP), le polystyrène (PS), le chlorure de polyvinyle (PVC), le polyéthylène téréphtalate (PET), respectivement le polytétrafluoroéthylène (PTFE). Le PE et le PP appartiennent à la famille des polyoléfines et sont principalement utilisés pour fabriquer les films d'emballage alimentaire, les bouteilles et bidons, ainsi que les casiers de transport. Le PS constitue principalement les emballages de produits laitiers et les gobelets des distributeurs de boissons, ainsi que les matériaux d'isolation et de calage dans les emballages en carton pour gros appareils. Le PVC, selon sa formulation, est utilisé pour produire les conduites d'alimentation en eau, les films alimentaires et médicaux, ainsi que les bouteilles pour liquides alimentaires (eau, vin, huile, vinaigre). Le PET appartient à la famille des polyesters et est principalement utilisé pour fabriquer des bouteilles de boissons gazeuses (le PET a une perméabilité très faible au dioxyde de carbone CO2) et des flacons de cosmétiques. Le PTFE est un polymère à base de fluor utilisé comme revêtement anti-adhésif sur les ustensiles de cuisine.

En revanche, on dénombre des milliers d'adjuvants utilisés lors de la fabrication de ces plastiques dans le but de modifier les propriétés finales du matériau (forme, souplesse ou dureté, résistance à certaines substances corrosives, stabilisation, teinte, etc). Les tests effectués par les laboratoires publics indiquent fréquemment que de nombreux conteneurs de denrées alimentaires en plastique relarguent des micropolluants et additifs dans les denrées alimentaires. Parmi ces substances relarguées, on rencontre habituellement des dérivés aliphatiques et phtaliques, des dérivés d'antioxydants phénoliques, des styrènes, et les additifs utilisés dans la production des plastiques. Quelques substances ont été fortement pointées du doigt depuis de nombreuses années et certaines ont même été récemment interdites par la Communauté Européenne dans les plastiques alimentaires ; c'est le cas du fameux bisphénol A (BPA) présent dans de nombreux plastiques.

Le BPA est fortement suspecté d'agir comme perturbateur endocrinien et pouvant altérer le système imunitaire. Notamment, il a été démontré que le BPA est particulièrement bien relargué des plastiques lorsqu'ils sont chauffés; c'est ce qui a créé la controverse sur la présence de cet additif dans les biberons. Certaines études remettent en cause les risques que le BPA pourrait faire courir sur la santé, mais selon le principe de précaution appliqué en Europe, il a finalement été décrété que sa présence était indésirable dans les conteneurs d'aliments en plastique. Le styrène n'est pas en reste sur les risques potentiels qu'il peut engendrer sur la santé, puisqu'il est suspecté d'agir comme microtoxique pour le système nerveux et le cerveau en cas de forte exposition (c'est-à-dire principalement chez les travailleurs qui produisent les plastiques contenant du styrène).

Les problèmes potentiels de relargage de substances indésirables ne peuvent pas être connus ou extrapolés sans effectuer des tests systématiques, car le relargage dépend d'un très grand nombre de facteurs (nature du conteneur et du contenu, contraintes extérieures telles que température ou atteinte par la lumière, etc). Cependant, la dangerosité éventuelle d'un plastique donné dépendra d'une part de la migration spécifique d'un adjuvant donné, qui ne doit pas dépasser un seuil journalier donné pour éviter l'ingestion potentielle par le consommateur, et d'autre part de la migration globale (toutes les migrations spécifiques de tous les adjuvants présents). Pour la migration globale, la norme européenne de 60 milligrammes d'adjuvants relargués par kilogramme de denrée (ou par litre, pour les liquides).

En plus d'être susceptibles de relarguer des substances suspectées de dangerosité (en concentrations généralement très faibles), certains plastiques présentent également un problème environnemental lors de leur élimination "dans les règles de l'art": Le PVC, par exemple, relarguera des métaux toxiques et des dioxines dans l'environnement lors de son incinération.

Aujourd'hui, une forte pression sociétale est exercée pour créer des "plastiques recyclables". Il faut cependant mettre en garde sur le fait que nous n'avons actuellement aucun recul sur le comportement des plastiques recyclables et sur le risque qu'ils pourraient faire porter au consommateur, selon l'utilisation qu'il en aurait été fait lors de leur premier cycle de vie. Il est déjà difficile de connaître les risques associés aux plastiques neufs, et cela relève simplement de la mission impossible pour les plastiques recyclés.

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