Questions - Réponses

Santé

La peur donne-t-elle vraiment des ailes? Est-elle capable d'augmenter notre force par exemple?

Question de Dédé, 26 ans

Swann Pichon

Réponse de Swann Pichon

Docteur

Centre Interfacultaire en Sciences Affectives

Université de Genève

Effectivement, la peur donne des ailes. En quelque sorte, on peut envisager les émotions comme des modes particuliers de l’action. La peur nous aide ainsi à identifier un danger, à mémoriser les conditions dans lesquelles celui-ci est survenu, nous permettant de l’éviter à l’avenir. Elle mobilise également les ressources physiques nécessaires pour s’y adapter.

Par exemple, la peur est associée à une cascade de mécanismes physiologiques qui favorisent l’action (sécrétion d’adrénaline, vasodilatation des muscles qui provoquent un afflux de sang et leur hyper oxygénation, augmentation du rythme cardiaque, de la pression artérielle, accélération respiratoire,  hyperglycémie et mobilisation des stocks d’énergie …). Elle est également associée à un répertoire moteur particulier: le combat, la sidération ou la fuite.

Des travaux ont permis de démontrer que la stimulation électrique de certaines régions de l’hypothalamus (une structure subcorticale cérébrale ancienne sur le plan de l’évolution, qui regroupe plusieurs noyaux et que nous partageons avec de nombreux animaux) engendre des effusions immédiates de colère et de comportements de défense, de fuite ou encore d’immobilisation. Une même stimulation pourra engendrer des comportements différents selon que la distance (psychologique, spatiale ou temporelle) qui nous sépare de la menace est courte et nécessite d’y faire front (engendrant des réactions de défense), ou éloignée et peut être évitée (entraînant des réactions de fuite).

Un autre noyau subcortical est très lié à la peur: il s’agit des amygdales cérébrales, qui tirent leur nom de leur forme en amande. Densément connectée à l’hypothalamus, ainsi qu’au reste du cerveau, l’amygdale est en quelque sorte le supérieur hiérarchique de l’hypothalamus: une lésion de cette structure suffit ainsi à supprimer tout sentiment et réaction de peur. Une situation confortable en apparence seulement, puisque nous deviendrions aussitôt vulnérables face au danger.

Pour tous ceux que la question des émotions passionne, je recommande la lecture de L’Erreur de Descartes, d’Antonio Damasio, un ouvrage passionnant rédigé à destination du grand public et très agréable à lire.

20 septembre 2013

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