Questions - Réponses

Santé

Pourquoi le virus H1N1 peut-il tuer des personnes et comment peut-il évoluer?

Question de adam elidrissi,13 ans

Laurent roux

Réponse de Laurent Roux

Professeur, à la retraite

Faculté de médecine
Université de Genève

A. Pourquoi le virus H1N1 peut-il tuer des personnes?

H1N1 n’est qu’un virus causant la grippe. Il en circule actuellement trois différents qui peuvent infecter la population humaine en y causant des maladies. Ces virus infectent les voies respiratoires. Ce faisant, ils détruisent les cellules de l’épithélium respiratoire, composé essentiellement de cellules dites ciliées et de cellules qui produisent du mucus. Ces deux types de cellules ont comme tâche de protéger et permettre le nettoyage efficace des voies respiratoires. Le mucus forme une couche qui piège les micro particules (poussières, bactéries etc.) qui pénètrent lors de l’inspiration. Les cellules ciliées, par un mouvement constant des cils, provoquent le refoulement vers l’extérieur de ces particules prises dans le mucus. En détruisant les cellules, les virus provoquent une inflammation des voies respiratoires. Cette inflammation provoque en grande partie les symptômes que l’on ressent lors de la grippe: fièvre, douleurs dans la gorge, les bronches, toux, douleurs musculaires, fatigue, etc.

Les virus restent généralement cantonnés dans les voies respiratoires supérieures, là où la température est plus basse (~34°C) que celle du corps (37°C). Pourtant, s’ils pénètrent plus profondément, ils peuvent détruire l’épithélium des alvéoles, là où l’oxygène est transféré dans le sang. A ce moment, la maladie est bien plus grave. On parle de pneumonie virale et, dans ce cas, cela peut être mortel. Le patient meurt par étouffement.

Mais ce n’est pas tout. Le système de nettoyage étant détruit par le virus, les bactéries qui sont normalement évacuées peuvent maintenant s’installer dans les voies respiratoires et provoquer une pneumonie bactérienne qui peut être tout aussi grave que la pneumonie virale.

Et, finalement, la grippe peut être mortelle pour des personnes qui sont affaiblies par d’autres maladies chroniques, comme l’asthme, le diabète, l’insuffisance cardiaque, etc; ou qui sont affaiblies parce qu’elles sont âgées et que leurs défenses ont perdu de leur efficacité. Les tout jeunes enfants sont également à risque, eux dont les défenses n’ont pas encore atteint leur plein pouvoir. Dans tous ces cas, les personnes peuvent mourir par insuffisance respiratoire, suite à la destruction de l’épithélium respiratoire ou à la surinfection bactérienne. L’Office Fédéral de la Santé Publique a répertorié, pour l’année en 2016, 89 décès attribués à la grippe, en Suisse. Près de 90% de ces décès concernait des personnes de plus de 65 ans.

Il existe des médicaments contre les virus de la grippe, mais ils ne sont réellement efficaces que lorsqu’ils sont pris très tôt après l’apparition des symptômes. Pour les surinfections bactériennes, des antibiotiques sont à disposition. Des vaccins contre le virus de la grippe existent et la vaccination des personnes à risque est fortement recommandée. Elle est également recommandée pour les personnes qui sont en contact avec les personnes à risque, de manière à éviter de les infecter. L’efficacité de cette vaccination varie selon les virus circulants et selon l’âge des personnes vaccinées. Pour l’épidémie 2017/2018, cette efficacité a été estimée entre 25 et 52 %, un taux jugé faible (OFSP-Bulletin 32 du 6 août 2018).

 

B. Comment peut-il évoluer?

H1N1, comme les autres virus de la grippe, évolue régulièrement, avec comme conséquence le fait que, si on fait une grippe avec un des trois virus circulant, il se peut que l’année suivante, pas de chance, on refasse une grippe avec le même virus qui a évolué entre temps. De même, les vaccins doivent être adaptés régulièrement pour qu’ils ciblent les virus qui ont évolué et pas ceux qui circulaient les années précédentes. Comment se fait cette évolution?

Les virus sont des organismes minuscules (d’un diamètre d’une centaine de milliardièmes de mètre, ou un dix-millième de millimètre) qui doivent pour survivre se multiplier dans des cellules. Pour le faire, ils ont très peu de moyens propres à disposition et dépendent entièrement des cellules qu’ils infectent. Ils ont ainsi développé au cours de l’évolution une capacité d’adaptation phénoménale. Celle-ci est fondée sur une variabilité génétique extrême, qui produit une multitude de virus légèrement différents les uns des autres. Dans cette multitude de virus, que l’on appelle «quasi-espèce», il y a en permanence une partie qui est sélectionnée comme étant la mieux adaptée aux conditions du moment. Des milliers d’autres sont présents également, moins bien adaptés, mais qui peuvent se révéler mieux adaptés si les conditions changent. Si c’est le cas, ils sont sélectionnés à leur tour et viennent remplacer les virus précédents.

Un peu théorique, tout ça. Voyons dans la vraie vie.

Soit un virus de la grippe (c’est la même chose pour les trois virus) qui provoque une épidémie durant laquelle des milliers de personnes sont infectées. Ces personnes guérissent, car elles ont développé une réponse immune contre ce virus. Notamment, elles ont dans leur sang des anticorps qui, très spécifiquement, viennent se fixer sur le virus, le neutralisent et conduisent à sa destruction. Ces anticorps persistent pendant plusieurs années. L’année suivante, si le même virus revient, il va trouver une population qui a changé, elle contient des anticorps qui vont empêcher le virus de provoquer "son" épidémie. Mais, dans cette population de virus, il va s’en trouver certains qui ont changé par rapport à l’année précédente, et que les anticorps ne peuvent pas bien reconnaître à cause de ce changement. Ces virus différents vont maintenant être ceux qui peuvent provoquer l’épidémie. Ils ont été sélectionnés, parce que mieux adapté aux nouvelles conditions que représentent les anticorps produits l’année précédente. Voilà comment se fait l’évolution du virus. Il faut une grande variété de virus et un facteur (ici, les anticorps) qui promeut la sélection du virus le mieux adapté aux conditions du moment (une population possédant des anticorps).

Dernier détail, comment se construit cette grande variété de virus, cette "quasi-espèce"? C’est le propre de la fonction virale impliquée dans sa multiplication. Un virus entre dans la cellule avec son matériel génétique, son génome. Des milliers en sortent. Il a fallu multiplier le génome autant de fois. La fonction virale (une enzyme) qui fait cette multiplication est programmée pour n’être pas très fiable. Chaque fois qu’elle copie un génome pour en produire un nouveau, elle affiche la probabilité de faire une erreur, si bien que tous les génomes produits ont la probabilité d’être légèrement différents les uns des autres, produisant à leur tour des virus qui ont la probabilité d’être légèrement différents. Voilà, c’est pas si compliqué…

 

Pour en savoir plus sur la vaccination contre la grippe, voir le blog Viropourtous.

19 mars 2019

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