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Jobs d'étudiants: état des lieux post-confinement

De nombreux étudiants sont en situation précaire à cause de la pandémie (vidéo) [RTS]
De nombreux étudiants sont en situation précaire à cause de la pandémie (vidéo) / Forum (vidéo) / 3 min. / le 21 juin 2020
La plupart des étudiants ne roulent pas sur l’or en temps normal mais, pour ceux qui ont perdu leur job à cause du confinement - 60% d'entre eux selon les estimations - la situation devient plus que précaire. Statistiques, témoignage et pistes pour obtenir une aide financière.

75% des étudiants ont un job
Selon une étude de l'Office fédéral de la statistique réalisée en 2016, 75% des étudiants suisses (HEU, HES et HEP) exercent une activité rémunérée, même si 83% d’entre eux bénéficient d’un soutien financier parental. Ce soutien est par ailleurs susceptible d’être diminué par la perte de revenus des parents, consécutive à la période de confinement.

Seuls 12% des étudiants suisses bénéficient d’une contribution à la formation (bourse) et 12% ont des dettes liées aux études. Ils sont aussi une majorité (60%) à vivre en dehors du logement parental. Pour ceux-ci, comme certaines écoles ont repoussé les sessions d'examens à la rentrée (l'EPFL par exemple), deux mois de loyer supplémentaires devront être payés.

Universités romandes
Alors que le printemps est traditionnellement la saison des offres d’emploi pour les étudiants, 2020 fait exception. Que ce soit du côté des plateformes d'emplois universitaires ou privées, c'est le calme plat. Les secteurs traditionnellement les plus demandeurs (hôtellerie, restauration, commerces) sont aussi les plus touchés par la crise et n'embauchent quasiment pas. A l’inverse, les secteurs médicaux, logistiques et de livraisons ont vu leur demande augmenter, sans toutefois parvenir à compenser les pertes.

Cédric Rychen, Directeur des affaires sociales de l’Université de Lausanne confirme cette baisse des offres d’emploi: "Entre mars et avril, le nombre d’offres a diminué de 57%, 72% pour avril seulement." En plus des secteurs déjà cités, il mentionne le soutien scolaire, la garde d’enfants, le secrétariat et la comptabilité, tous devenus denrées rares. Depuis mars, l'Unil a débloqué un fonds d'urgence de 200'000 francs pour aider ses étudiants. Les montants attribués dépendent des besoins mais ce fonds est aujourd'hui quasiment épuisé.

A l’Université de Genève, mis à part quelques demandes de soutien scolaire à distance, aucune offre d'emploi n’a été reçue durant la crise sanitaire. Selon Jasmine Champenois, Directrice de la Division de la formation et des étudiant-es (DIFE), "Les offres ont en effet chuté de 64% pendant les deux premiers mois du COVID-19, mais depuis le mois de mai le marché se redynamise." Depuis le début de la crise sanitaire, plus de 1000 aides de différents types ont été accordées, trois fois plus que pour l'année 2019: perte d’emploi (600 francs); frais médicaux (600 francs); matériel informatique (600 francs); logement (700 francs par mois) ou la prolongation de bourses d'études pour ceux qui en bénéficient. Il est également possible d'obtenir l'échelonnage du payement des loyers des résidences universitaires. Plusieurs fondations ont contribué à hauteur de 2,5 millions de francs pour alimenter le fonds d’aide.

Géraldine Renggli, Responsable du Bureau social de l’Université de Neuchâtel fait le même constat que ses collègues de Genève et Lausanne: "Plusieurs étudiants ont perdu leur job en raison du Covid-19. En avril 2019, nous avons traité 40 demandes d’aide financière alors qu’en avril de cette année, environ 90 dossiers ont été reçus. Qu'il s’agisse de prêts ou de dons, les étudiants de l'Unine peuvent obtenir une aide financière rapidement dans le cadre du Fonds d’aide sociale". Comme ailleurs, ce sont les domaines de la restauration et des petits commerces qui ont été les plus touchés.

A l'Université de Fribourg, "bien des étudiants ont perdu momentanément ou définitivement leur job", même si leur nombre est impossible à chiffrer. Ariane Linder, responsable du département Uni-Social de l'université, précise toutefois que le département met à disposition "des ressources, tant au niveau personnel que financier", afin de surmonter cette crise.

HEP-BEJUNE
La Haute École Pédagogique des cantons de Berne, du Jura et de Neuchâtel (HEP-BEJUNE) n'a jusqu'ici reçu aucune demande d'aide financière liée directement à la crise sanitaire. Maxime Zuber, recteur, explique notamment cette particularité par l'ancrage très régional du public des HEP: "Les étudiantes et les étudiants ne sont ainsi pas contraints de quitter le domicile familial comme c'est souvent le cas des universitaires. Par ailleurs, celles et ceux qui suivent les filières de formation secondaire ou en pédagogie spécialisée sont souvent en emploi."

La HEP-BEJUNE dispose toutefois d’un fonds de solidarité destiné à apporter une aide financière ponctuelle lors de difficultés importantes. Elle reçoit en moyenne quatre à cinq requêtes par année.

Des aides rétroactives
Mélissa Haldi a 24 ans et étudie pour obtenir un bachelor à la Haute école de travail social (HETS) de Genève. Dans le cadre de son cursus, elle effectuait un stage d'assistante sociale à la prison de Champ-Dollon, interrompu lui aussi à cause du confinement. Depuis mi-avril, elle a pu retrouver un poste auprès du Pôle Santé Social de l'Université de Genève, où elle traite les nombreuses demandes d'aides financières faites par les étudiants de l'Université de Genève et de la HES-SO Genève. "Nous recevons les demandes et, si les parents ne peuvent pas intervenir (pour les moins de 25 ans), nous accordons des aides lorsque la perte du revenu principal provoque une situation financière difficile."

Le déconfinement a permis à certains seulement de retrouver le job perdu: "L'activité est toujours réduite, notamment dans la restauration où les mesures de sécurité font que les besoins sont moindres." Celles et ceux qui ont cotisé assez longtemps peuvent s'inscrire au chômage "mais les démarches sont longues alors nous aidons les étudiants en attendant qu'ils obtiennent des compensations."

Mélissa Haldi précise encore que les aides ne sont pas des prêts, rien à rembourser donc, et qu'elles sont rétroactives: "Si le demandeur a perdu deux mois de salaire et remplit les critères, il recevra deux fois le montant de l'aide".

RTS Découverte

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Aides reconduites pour l'été

Alors qu'en temps normal, les aides s'arrêtent avec la fin des cours, cette année le plan de soutien de l'Université de Genève ainsi que le dispositif d'aide financière mis à disposition de ses étudiants par la HES-SO Genève pourront, selon les critères de chaque institution, être prolongés sur juillet-août.