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JFK, "Ich bin ein Berliner"

John Fitzgerald Kennedy, photographié ici à Washington en novembre 1963. [Henry Burroughs - AP]
John Fitzgerald Kennedy, photographié ici à Washington en novembre 1963. [Henry Burroughs - AP]
John Fitzgerald Kennedy se rend à Berlin-Ouest en juin 1963, où il prononce ce qui restera dans les annales comme son meilleur discours, et lance à la foule la désormais célèbre phrase "Ich bin ein Berliner". But: montrer, en pleine guerre froide, le soutien américain aux habitants de l'Allemagne de l'Ouest. Retrouvez ici l'analyse que Thierry Herman, professeur de rhétorique à l'Université de Neuchâtel, a faite pour Le Temps.

A l'instar du célèbre "Je vous ai compris" prononcé par Charles de Gaulle en Algérie ou du encore plus connu "I have a dream" de Martin Luther King, les discours historiques les plus célèbres tiennent parfois en une phrase-clé. "Ich bin ein Berliner" est de cette catégorie-là.

Cette phrase propose une double figure de rhétorique. Il s'agit d'abord d'un pérégrinisme, c'est-à-dire d’un emprunt à une langue étrangère. C'est un moyen efficace d’être en contact avec autrui: observez la réaction lorsqu'un chanteur anglais balbutie deux mots en français devant un public romand.

Mais, cela va au-delà dans le processus d'identification, puisque Kennedy propose également une métaphore. Comme il ne peut littéralement et à l'évidence pas être un Berlinois, il le devient symboliquement, montrant ainsi que les frontières géographiques s'effacent devant la communion idéologique sur la question de la liberté.

Le discours s’affranchit aussi des contingences temporelles puisque le parallèle est tiré avec l'empire romain. En somme, le caractère indivisible de la liberté proclamé par JFK trouve sa forme dans l'indivision et la solidarité manifestées ici.

Thierry Herman, professeur de rhétorique à l'Université de Neuchâtel

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