Le projet sms4science

De plus en plus de personnes sollicitent l'aide de la Main Tendue en ligne.
De plus en plus de personnes sollicitent l'aide de la Main Tendue en ligne. [dolphfyn - Fotolia]
Le projet international sms4science (en anglais: sms-for-science, en français: sms-pour-la-science) a pour but d'interroger en détail, et en comparant diverses langues, ce type bien particulier de communication linguistique qu'est le sms (ou texto chez nos voisins français). Les explications de Marie-José Béguelin et Simona Pekarek Doehler, professeures à l'Institut des sciences du langage et de la communication de l'Université de Neuchâtel.

Sous les auspices de l'Université Catholique de Louvain, des équipes scientifiques provenant des quatre coins du monde, de la Réunion à l'Angleterre, du Canada à la Grèce en passant par la France et … la Suisse, collaborent activement en vue de collecter de larges corpus de messages SMS authentiques.

En Suisse, les Universités de Zurich (Prof. Christa Dürscheid et Prof. Elisabeth Stark) et de Neuchâtel (Prof. Marie-José Béguelin et Prof. Simona Pekarek Doehler) ont établi un partenariat et elles ont lancé, en novembre 2009, avec le concours de Swisscom, une collecte de SMS à large échelle, sous la bannière du slogan "Léguez vos SMS à la science". Plus de 23'000 messages ont été recueillis dans le cadre de cette campagne, complétés par les données socio-biographiques de bon nombre de leurs auteurs.

Le premier atelier de recherche sur le corpus suisse de SMS s'est tenu à l'Université de Neuchâtel le 16 juin 2010. Organisé dans le cadre des "États généraux du français en Francophonie", l'atelier a réuni des chercheurs suisses et étrangers pour un premier échange scientifique autour des données recueillies. Deux axes d'interrogation ont été abordés à travers une dizaine de conférences. Il s'agissait de se demander quelles sont les caractéristiques linguistiques (lexicales, grammaticales) de la communication par SMS et quelles sont les expressions du multilinguisme dans le corpus suisse ?

Les réponses données à ces questions ouvrent de nouveaux regards sur ce qui, aujourd'hui, représente une forme de communication quotidienne pour une grande partie de la population. Au fil des conférences, certaines particularités stylistiques, grammaticales et orthographiques de l'écriture SMS ont été identifiées, les pratiques plurilingues des utilisateurs ont été décrites et le statut des langues minoritaires dans ce mode de communication a été soumis à examen. Il en ressort deux constats principaux.

Tout d'abord, l'écriture SMS est éminemment créative, au sens positif du terme. Certes, elle joue avec la norme, mais pas n'importe comment: on observe d'importantes systématicités dans la manière dont les formes lexicales sont abrégés, et nombreux sont les phénomènes d'adaptation, voir d'économie grammaticale qui reflètent des principes plus généraux, à l'œuvre dans d'autres manifestations de la langue.

En second lieu, les messages SMS récoltés en Suisse sont fortement multilingues. Les premières observations indiquent à cet égard une sorte de "distribution des tâches" entre les différentes langues: par exemple, dans les messages dont la langue de base est le français, l'anglais est fortement présent dans les formules de salutation et de prise de congé ("hello", 2bye, bye2) alors que l'italien et l'espagnol sont plutôt associés à l'expression de l'affectivité ("bella", "amor"…). La manière dont le plurilinguisme est exploité dans les SMS semble en outre refléter certaines caractéristiques des régions linguistiques suisses. Ainsi, dans les messages romanches et italiens, on peut observer une revitalisation très nette des dialectes locaux, combinée avec la présence notable de l'allemand.

Pour de plus amples informations sur le corpus suisse de SMS: www.sms4science.ch.

RTSdécouverte avec Marie-José Béguelin et Simona Pekarek Doehler, professeures à l'Institut des sciences du langage et de la communication de l'Université de Neuchâtel

Publié le 17 avril 2014 à 16:20 - Modifié le 05 mars 2018 à 16:41