Enseigner le français comme seconde langue: les nouveaux défis

Saint-Basile, cathédrale, place rouge, moscou
En Russie, le français fait un carton. [Alessandro Della Bella - ]
A l'étranger, on n'enseigne plus le français maintenant comme on l'enseignait il y a 20 ans. Le monde se globalise, les personnes se déplacent. De plus en plus, le français est enseigné dans un contexte plurilingue et pluriculturel. L'éclairage de Laurent Gajo, professeur de français à l'École de langue et de civilisation françaises de l'Université de Genève.

La vitalité d'une langue est liée de très près à son enseignement. Le français continue à s'enseigner très largement à travers le monde, comme langue maternelle et surtout comme langue étrangère. Mais depuis quelques décennies, l'enseignement connaît de grandes transformations. On n'enseigne plus aux mêmes personnes, qui n'ont plus les mêmes besoins ou le même contexte d'apprentissage. La demande de français se manifeste particulièrement dans les pays émergents, notamment le Brésil, la Russie, l'Inde et la Chine. L'enseignement s'appuie sur des technologies toujours plus performantes et tente ainsi de s'adapter à des réalités très diversifiées.

Ainsi, le français est de plus en plus enseigné comme langue étrangère au sein d'un contexte plurilingue, où les différentes langues sont intégrées et comparées. On utilise d'autres disciplines, comme les mathématiques, l'histoire ou la biologie pour enseigner le français. C'est par exemple le cas pour un enfant de la communauté chinoise de Vancouver, scolarisé en français dans une ville essentiellement anglaise. L'école doit alors se positionner pour enseigner le français tout en reconnaissant les cultures qui l'environnent.

Comment enseigner le français?
Il existe plusieurs méthodes pour valoriser le français au sein de la diversité culturelle et linguistique d'un pays. Tout d'abord, l'enseignement bilingue. Dans ce cas, on utilise le français comme seconde langue d'enseignement d'une autre discipline (histoire, maths, biologie, etc.). Cela remplit deux objectifs. D'une part les élèves pratiquent le français plus intensément sans avoir d'heures de cours supplémentaires. D'autre part, le fait de parler d'un même sujet dans plusieurs langues permet de l'approfondir car les concepts ne sont pas toujours les mêmes dans les différentes cultures.

Une autre méthode consiste à développer des passerelles entre des langues proches, par exemple les langues romanes (français, italien, espagnol). On peut ainsi développer des voies d'accès rapides à une langue donnée sur la base de la connaissance préalable d'une langue de la même famille. Les approches interculturelles, de leur côté, permettent d'éveiller l'enfant aux autres dès l'entrée à l'école, en passant notamment par des livres bilingues ou par une reconnaissance de sa langue familiale dans le travail scolaire.

L'idée générale, bien sûr, n'est pas de mettre les langues en concurrence mais de promouvoir la richesse culturelle. Une telle orientation exige toutefois un réglage assez fin, car il faut promouvoir les langues de l'enfant sans que l'une soit trop dominante par rapport à l'autre. Du coup, l'enseignement du français en tant que tel, comme seconde langue, doit subsister tout en s'adaptant à ces nouveaux contextes.

La formation des enseignants
Ces nouvelles démarches impliquent également des changements dans la formation des enseignants. Prenons l'exemple d'un enseignant de biologie utilisant le français comme seconde langue dans un programme bilingue. Comment les concepts sont-ils traduits d'une langue à l'autre? Quels mots utiliser? Il devra être formé dans les deux langues pour pouvoir enseigner avec la même aisance. Par ailleurs, les nouvelles technologies d'enseignement (multimédia, Internet, etc.) doivent permettre un accès à la fois plus large et plus ciblé à la formation. Elles doivent renforcer les rapports entre les pays du Nord et ceux du Sud, avec un partage plus équitable des expertises. Le développement de ces technologies fait apparaître de nouvelles manières d'enseigner et de nouveaux métiers, comme celui de tuteur. Il s'agit alors de repenser la nature même de l'enseignement, et non seulement ses moyens d'action.

RTS Découverte avec Laurent Gajo, professeur de français à l'École de langue et de civilisation françaises de l'Université de Genève

Publié le 14 avril 2014 à 17:17 - Modifié le 05 mars 2018 à 17:23