L'histoire mouvementée de la langue des signes

L'Abbé de l'Epée
L'Abbé de l'Epée a introduit la première méthode d'enseignement pour les enfants sourds. [ - ]
Interdite dans les écoles et pratiquée clandestinement pendant près d'un siècle, la langue des signes a retrouvé ses lettres de noblesse dans les années 80. Voici quelques dates-clés de son histoire en France et en Suisse.

1760 - L'abbé français Charles Michel de l'Epée s’intéresse aux modes de communication gestuelle des "sourds-muets". Il crée la première institution éducative gratuite pour les sourds de France à Paris pour les instruire à la langue des signes françaises (LSF). Sa méthode fait des émules en Angleterre, aux Pays-Bas, en France, en Espagne et en Allemagne, puis aux Etats-Unis.

1817 - La première école pour enfants sourds des Etats-Unis, l'American School for the Deaf, est créée dans le Connecticut par Laurent Clerc, un ancien élève de l'Abbé de l'Epée. Il exporte ainsi la LSF, qui sera à l'origine de 60% des signes de la langue américaine.

1880 -  Le Congrès de la Fédération Mondiale des Sourds (ICED), réuni à Milan, décrète l'interdiction de la langue des signes à l'école. Selon ses délégués, les enfants sourds doivent apprendre à oraliser afin de pouvoir s'intégrer dans la société. Trois raisons sont invoquées: la LSF n'est pas une vraie langue ("une langue de singes"), elle "ne permet pas de parler de Dieu", et enfin, elle "empêche de bien respirer et favorise la tuberculose". La langue des signes est toutefois restée pratiquée, mais clandestinement, et au sein des associations de sourds.

1946 - La Fédération Suisse des Sourds, l'organisation faîtière des associations de sourds helvétiques, est créée pour défendre les intérêts des sourds et des malentendants.

1971 - La réintégration de la langue des signes dans les écoles est permise par l’ICED à Paris. L'enseignement bilingue est privilégié.

Années 1980 - Un "réveil sourd" a lieu, notamment grâce aux efforts de Jean Grémion, un écrivain, journaliste et metteur en scène français, et d'Alfredo Corrado, un artiste sourd américain, qui créent l'International Visual Theater (IVT) au Château de Vincennes en 1976. La langue des signes retrouve petit à petit ses lettres de noblesse et l'approche bilingue est prise en compte, y compris dans les écoles suisses.

1993 - Emmanuelle Laborit, une comédienne sourde française, reçoit le Molière de la révélation théâtrale pour son rôle dans la pièce "Les Enfants du Silence" et contribue ainsi à la reconsidération de la langue des signes.

1994 - La langue des signes est officiellement reconnue par les Chambres fédérales en Suisse.

2005 - La France reconnaît la LSF comme une langue à part entière.

2010 - L'ICED présente des excuses officielles aux sourds lors d'une réunion à Vancouver, au Canada.

2011 - La Fédération Suisse des Sourds (FSS) décide de demander des excuses officielles aux institutions responsables de l'interdiction de la langue des signes, lors d’une réunion à Mendrisio, au Tessin. Un groupe de recherche est formé dans cette optique.

2012 - La langue des signes est officiellement reconnue dans la Constitution du canton de Genève.

RTS Découverte

Sources:Swissinfo, Wikipedia

Publié le 10 décembre 2014 à 10:02 - Modifié le 05 avril 2018 à 15:39