Un cliché de la série "Puglia", de Mario Giacomelli

Mario Giacomelli, de la série "Puglia", 1958. Epreuve au gélatino-bromure d’argent. Taille de l’image: 29.5 x 39.5 cm.
Mario Giacomelli, de la série "Puglia", 1958. Epreuve au gélatino-bromure d’argent. Taille de l’image: 29.5 x 39.5 cm. [© Archivio Mario Giacomelli - Senigallia, Italie]
Tous les mois, RTS Découverte vous propose, petits et grands, de découvrir une œuvre du Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne, du Musée de l'Elysée ou du Musée de design et d'arts appliqués contemporains de Lausanne - le mudac –, des institutions vaudoises appelées à se regrouper pour former le futur quartier culturel lausannois Plateforme10. En ce mois d’octobre 2016, le Musée de l’Elysée vous présente un cliché en noir et blanc du photographe italien Mario Giacomelli.

En une seule image de ce village des Pouilles, Mario Giacomelli nous raconte beaucoup d'histoires: celle d'un mode de vie, celle de la grande chaleur estivale du sud, celle de la sieste où les rues se vident de leurs habitants.

Cette photographie de 29.5 x 39.5 cm est comme un décor de théâtre, avec les habits comme des guirlandes, ses différents plans, où l'on devine derrière les façades fatiguées, des escaliers étroits menant à des ruelles un peu plus ombragées. En plus de la lessive séchant au soleil, une seule ombre furtive, en bas de l’image, se pressant afin d’échapper à cette torpeur, nous indique que ce village est bel et bien habité.

Quand vous regardez attentivement cette photographie, cette solitude et cette chaleur sont totalement palpables. La force se trouve sans doute dans cette manière de contraster les prises de vue. Peu de gris, mais beaucoup de blanc et de noir. La mise à distance s’en trouve diminuée; nous sommes au bord, voire même dans l'image.

La photographie comme moyen d'écriture

Mario Giacomelli n'a pas de formation de photographe. Il est autodidacte, ce qui lui a permis, tout au long de sa vie, de prendre beaucoup de libertés dans ses prises de vue. La photographie, pour lui, n'est qu'un moyen d’écriture, comme la peinture (il est aussi peintre) ou la poésie (il est aussi poète).

Il sera toute sa vie proche des gens qu'il côtoie, que ce soit les paysans pauvres travaillant une terre aride, les personnes âgées placées dans des asiles ou les jeunes prêtres dans leurs moments de loisirs. Il observe, il échange, il revient et finalement sort son appareil. La proximité avec les personnes qu'il photographie est alors comme une évidence. Elles font intégralement partie de son monde.

RTS Découverte/Musée de L’Elysée

Publié le 06 octobre 2016 à 16:30 - Modifié le 23 mars 2018 à 10:47

Brève biographie

Mario Giacomelli est né en 1925 à Senigallia, en Italie, village qu’il ne quittera pas jusqu’à sa mort, en 2000. Orphelin de père très jeune, avec une mère pauvre, il quitte l’école à 13 ans et apprend le métier de typographe, ce qui induira sa vision en noir et blanc si violemment contrastée. Il ne commence à photographier qu’en 1954, et depuis ne quittera plus son vieil appareil bricolé jusqu’à sa mort.

"J’ai un appareil que j’ai fait bricoler, qui tient avec du scotch, qui perd des pièces (…) Il a vécu avec moi, il a partagé de nombreux moments de mon existence, bons ou mauvais". (Passage tiré d’un entretien avec Franck Horvat en février 1987)

Il a toujours considéré que la photographie lui permettait de témoigner de notre passage sur terre, comme un carnet de notes. Il sera, tout au long de sa vie, porté par des vers de poètes (Jorge Luis Borges, Pavese, Emily Dickinson, David Maria Turaldo, Giacomo Leopardi) qui guident ses visions et sa perception du réel.

Le Musée de l’Elysée possède une sélection exceptionnelle de 184 tirages originaux acquis lors de la rétrospective qui a eu lieu en 1993.

Les séries les plus connues de Giacomelli

1957 - Lourdes
1957-1959 - Scanno
1963-1964 - Io non ho mani che mi accarezzino il volto
(Il n'y a pas de main pour me caresser le visage)
1964-1965 - La buena terra
(La bonne terre)
1955-1968 - Verrà la morte e avrà tuoi occhi
(La mort viendra et elle aura tes yeux)
1983-1990 - Il mare dei miei raconti
(La mer de mes histoires)