"Noce", un collier de Verena Sieber-Fuchs

Verena Sieber-Fuchs - Noce, 1984 - Collier - Papier de boucher, fil d'acier - Ø 42 cm
Verena Sieber-Fuchs - Noce, 1984 - Collier - Papier de boucher, fil d'acier - Ø 42 cm [Olivier Laffely, AN - Collection du mudac]
Après une pause estivale, les rendez-vous avec le Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne, le Musée de l'Elysée et le Musée de design et d'arts appliqués contemporains de Lausanne - le mudac – reprennent. Tous les mois, RTS Découverte vous propose, petits et grands, de découvrir une œuvre de ces institutions vaudoises appelées à se regrouper pour former le futur quartier culturel lausannois Plateforme10. En ce mois de septembre 2016, le Musée de design et d’arts appliqués contemporains vous présente un bijou créé par Verena Sieber-Fuchs, une artiste suisse qui vit à Zurich.

Cette parure de noce, légère, aérienne, d’un rose évanescent, est réalisée à partir de papier de boucher. On peut y voir un contraste absolu entre la fraîcheur de la mariée et la mort animale.

Verena Sieber-Fuchs - Noce, 1984 - Collier - Papier de boucher, fil d'acier - Ø 42 cm
Verena Sieber-Fuchs - Noce, 1984 - Collier - Papier de boucher, fil d'acier - Ø 42 cm [Annabelle Zermatten, cepv - Collection du mudac]

Le charme des bijoux de Verena Sieber-Fuchs opère immédiatement. Matériaux détournés, magnifiés par le traitement brutal qu'elle leur fait parfois subir: papier ou pelures d’oignons, confettis ou capsules de médicaments sont découpés, déchirés, transpercés, brûlés puis traversés par un fil de fer très fin qu'elle crochète patiemment. Cette patiente alchimiste qui transmute la matière ne le fait pas par seul souci d'esthétisme. Au contraire, chaque œuvre dissimule de façon sous-jacente, mais révélée par son titre, les préoccupations ou les engagements de l’artiste.

RTS Découverte/Musée de design et d’arts appliqués contemporains

Publié le 05 septembre 2016 à 14:44 - Modifié le 23 mars 2018 à 10:47

Le bijou contemporain, un domaine en perpétuelle ébullition

Le bijou ne se résume pas à un élément de décoration, un accessoire dénué d’utilité. C’est un champ d’explorations infinies, qui, grâce à la liberté retrouvée dans ce domaine depuis 1960, permet aux créateurs d’en interroger le sens, la fonction, l’usage et d’expérimenter d’innombrables techniques et matériaux. C’est un lieu de manifestes proche de l’art contemporain.

Signaler le rang social, le sexe, l’âge, le pouvoir et la richesse. Le bijou, masculin ou féminin, a de tout temps et en tous lieux révélé l’identité de son porteur, son appartenance à un groupe, par le biais d’un langage symbolique perçu de tous. Objet de rituel, transmetteur de mémoire, c’est une clé de lecture essentielle d’une collectivité.

En Occident, reflétant les transformations de notre société, le bijou conventionnel, hormis les alliances et les symboles d’appartenance confessionnelle, n’est plus qu’un élément décoratif, un signe de richesse ou un objet sentimental. Il est devenu, depuis le XIXe siècle, l’apanage de la femme.

Les créateurs contemporains, s’insurgeant contre cette perte de sens, insufflent une nouvelle dimension au bijou. Ils le questionnent pour en révéler la particularité. Le bijou redevient langage, retrouve sa charge symbolique. Il est un mode d’expression artistique, souvent teinté d’ironie. Il peut être le vecteur de l’histoire de son auteur, il est le témoin des interrogations du moment.

Brève biographie

Verena Sieber-Fuchs naît en 1943 en Appenzell. Après des études à l’Ecole des arts et métiers de Bâle et Zurich, elle s’installe à Zurich en 1969. Elle reçoit de nombreux prix, dont le Prix Micheline et Jean-Jacques Brunschwig pour les arts appliqués en 1993.

Les œuvres de cette artiste argovienne ont été collectionnés par plus de vingt musées suisses et internationaux dont le Museum of Arts and Design de New York, le V & A Museum de Londres, le Musée des Arts Décoratifs de Paris, le Stedelijk Museum d’Amsterdam, entre autres.