Le Colin-maillard, une peinture de Jacques Sablet

Le Colin-maillard, Jacques Sablet
Jacques Sablet. Le Colin-maillard, vers 1790. Huile sur toile, 104 x 115,5 cm. Acquisition avec l'aide de la Fondation Gottfried Keller et un crédit extraordinaire de l'Etat de Vaud, 1980. Inv. 1980-017. [© Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne]
Tous les mois, RTS Découverte vous emmène, petits et grands, au Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne, au Musée de l'Elysée ou au Musée de design et d'arts appliqués contemporains de Lausanne - le mudac - pour découvrir une œuvre de ces institutions vaudoises appelées à se regrouper pour former le futur Pôle muséal de la capitale vaudoise. En ce mois de mars 2016, le Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne vous fait découvrir une toile de Jacques Sablet, un peintre suisse du 18e siècle.

Voici une huile sur toile qui présente une scène de colin-maillard, d'où le titre de l'œuvre, Le Colin-maillard. La scène montre les jeux amoureux en plein air, mais elle n'emprunte ni à l'évocation d'îles lointaines ni au rêve éveillé. Sablet donne à voir en toute simplicité la beauté et l’innocence du peuple italien dans lequel il voit revivre la simplicité des mœurs antiques.

Un thème modernisé

Les coloris sont frais, les silhouettes se découpent clairement, l'air circule, l'atmosphère est enveloppante et les personnages semblent observés sur le vif. La lumière du soleil éclate partout, sur le portique d'une villa romaine, ses terrasses et son parc. L'on croit entendre les musiciens de l'orchestre composé d'un joueur de mandoline et de deux femmes avec tambours de basque. 

Sablet, à la suite de Pater, Fragonard et Goya, modernise ici le thème du colin-maillard, traditionnellement associé aux fêtes villageoises dans la peinture flamande. "L'amour est aveugle", telle pourrait être la morale de cette oeuvre où un jeune homme aux yeux bandés poursuit deux paysannes alors que les statues de Vénus et de Pâris semblent rendues à la vie pour rejouer la scène de la pomme de la discorde.

L'œuvre présente toutes les qualités qui, aux yeux des contemporains, firent de Sablet une alternative à la conception de la fête galante mise en vogue par Watteau.

Exposé à Paris aux Salons de l'an V (1796) et de l'an VI (1798), ce tableau de Jacques Sablet fut acquis en 1798 par Joseph Fesch, jeune oncle de Napoléon. L'amour que ce futur cardinal portait aux arts allait faire de lui un des plus grands collectionneurs européens. 

RTS Découverte/Musée cantonal des beaux-arts de Lausanne

Publié le 04 mars 2016 à 09:05 - Modifié le 23 mars 2018 à 10:49

Brève biographie

Né à Morges en 1749, Jacques Sablet étudie le dessin avec son père puis se rend à Paris en 1772 où il devient l'élève du peintre et dessinateur néo-classique Joseph-Marie Vien.

Il s'installe ensuite à Rome et ambitionne de devenir un peintre d'histoire. Mais c'est en tant que peintre de genre et portraitiste que Jacques Sablet rencontre le succès: ses fêtes populaires avec costumes italiens et ses portraits de groupe sur fond de paysages romains participent grandement à sa renommée.

Il est le frère cadet de François Sablet, également peintre.

Le courant artistique

Jacques Sablet figure parmi les peintres de scènes de genre et de portraits sensibles à la leçon du néo-classicisme à la fin du 18e siècle.

Ce courant, né à Rome dans les années 1750, prône le retour à la rigueur et à la simplicité de l'art antique, en réaction aux exubérances du baroque et à l'abondance du rococo.

Jacques Sablet puise dans cet enseignement la finesse et la perfection de sa ligne ainsi que son intérêt pour les vestiges de l'Antiquité, sans pour autant renoncer à la vivacité des couleurs et aux effets de lumière.