Modifié le 12 août 2011 à 16:43

10 août 2011: le pôle magnétique ou l’ivresse du pilote.

Marc Decrey
Marc Decrey, capitaine de Chamade. [Sylvie Cohen - Chamade]
A l'approche du pôle magnétique, lieu où se concentrent les lignes de force du champs magnétique terrestre, le pilote automatique hésite, louvoie, semble pris d'ivresse. Quelques explications sur ce phénomène.

Un peu à droite… un peu à gauche… Chamade titube ce
matin aux confins du détroit de Lancaster et de Barrow. Peu de vent, nous
faisons route au moteur, sous pilote automatique qui dispense l’équipier de quart
de tenir la barre. Une simple surveillance suffit, plus pour éviter les
icebergs ou les bourguignons (petits glaçons) que pour prévenir une collision
avec les autres navires, à vrai dire bien peu nombreux dans la région.


Bourré d’électronique, le cerveau de notre pilote
commande un petit vérin hydraulique qui tient la barre. Et si ce matin il
semble souffrir d’éthylisme prononcé, l’explication est simple. Il digère mal la proximité du pôle nord magnétique. Le
cœur de son dispositif, un compas (boussole), ne sent plus suffisamment le
nord.


Chamade navigue maintenant à moins de 600 kilomètres
du fameux pôle nord magnétique, situé approximativement par 79° nord et 105°
ouest. Un pôle magnétique bien loin du pôle Nord, puisque 1100 kilomètres les
séparent.


Le pôle magnétique, c’est le lieu où se concentrent
les lignes de forces du champ magnétique qui entoure la terre. Comme autour
d’un aimant, ces lignes longent la surface de la Terre, se rejoignent aux pôles
nord et sud magnétiques et plongent dans les entrailles de la Terre à cet
endroit, faisant peu à peu basculer le compas. Le voilà donc incapable de
s’aligner sur ce champ qui devient vertical.


Pour les navigateurs, cela signifie qu’il faut tenir
la barre en permanence, et cela pour trois semaines environ, jusqu’à la sortie
de l’archipel arctique canadien.


Ajoutons toutefois que cet écart entre pôle magnétique
et pôle vrai est une constante de la navigation. A chaque calcul de route, il
faut corriger le cap mesuré sur la carte (le vrai cap) de la valeur de la «
déclinaison » et donc indiquer au barreur le cap compas à suivre (le cap
magnétique).


Une déclinaison faible en Suisse, puisque vu de
Genève, le pôle magnétique se cache derrière le pôle Nord, à 2 degrés près.
Mais vu de Nuuk au Groenland, l’écart est de 35 degrés vers l’ouest. Ou de
presque tout autant vu de l’Océan Indien, mais vers l’est cette fois-ci.


A noter aussi que la position du pôle magnétique n’est
pas fixe, mais qu’elle se déplace lentement chaque année. Cette variation,
comme la déclinaison, figurent bien sûr sur les documents nautiques que nous
utilisons, et mieux vaut ne pas les oublier si l’on veut arriver à bon port !


Marc Decrey, capitaine de Chamade.


Publié le 12 août 2011 à 16:15 - Modifié le 12 août 2011 à 16:43