Zep

Le dessinateur Zep face à deux monstres sacrés, Goscinny et Uderzo.

Son nouvel album, «Découpé en tranches» qui sort actuellement en librairie, est une tendre et drôle réflexion sur lui-même, une présentation pudique de ses angoisses, de ses envies, de ses interrogations sur l'existence. Zep a donc laissé pour un temps Titeuf dans sa cour de récréation pour ne parler que de lui-même, autrement dit pour parler d'une génération un peu à l'étroit dans son époque. Nous lui avons présenté cet extrait d'une interview de René Goscinny et d'André Uderzo, tournée en 1966 pour l'émission Samedi-jeunesse. Voici son commentaire.

Zep: «C'est étonnant de revoir Goscinny et Uderzo comme ça, en noir et blanc, et chacun dans son rôle. Goscinny est plus cabotin, il a un avis sur tout, tandis qu'Uderzo est retrait, car son univers à lui c'est le dessin. Nous avons de la peine à imaginer aujourd'hui l'impact que ces deux hommes ont eu sur le monde de la BD et de l'édition. Asterix est devenu un classique et il a été un des premiers grands succès éditoriaux, au même titre que des prix littéraires comme le Goncourt. Astérix avait même fait la couverture du magazine «L'Express», qui consacrait un dossier à son influence sur la société française, c'est dire! Ces deux hommes ont eu une importance incroyable, ils ont ouvert la voie à plusieurs générations de dessinateurs. Goscinny trouve formidable le succès, et il a raison, car cela lui a permis de donner un crédit culturel à la BD. L'avantage du succès – et je le vois bien avec Titeuf – c'est qu'on vous laisse une paix royale. Vous êtes libre de faire ce que vous voulez. C'est plus difficile dans l'animation, car c'est un domaine où vous n'êtes plus seul, il y a toute une équipe qui prend possession de vos personnages, je dirais même qu'il faut se battre pour défendre son travail.»

Zep, de son vrai nom Philippe Chappuis, est né le 15 décembre 1967 à Genève. Après son diplôme de l'école des Arts Décoratifs, il publie dans des magazines comme «Spirou» ou «Fluide Glacial» et sort trois albums de bandes dessinées qui le font remarquer par les Editions Glénat. Il lance alors le personnage de Titeuf en 1992 qui rencontrera très vite un formidable succès avec la vente de plus de 10 millions d'exemplaires.

Zep est également amateur de musique et fan de Bob Dylan, d'où son pseudonyme hommage au groupe Led Zeppelin.

  • Journaliste: Bernard Pichon