Au peuple de critiquer

Le Parti du Travail suisse est embarrassé par le cas Soljénitsyne.
  • Politique Internationale
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13 février 1974

Un jour une heure

Secrétaire du Parti du Travail, Jean Vincent revient sur l'expulsion d'URSS d'Alexandre Soljénitsyne. Exercice délicat, s'il désapprouve le sort de l'écrivain, Jean Vincent se refuse pourtant à condamner le gouvernement soviétique. Quant aux oeuvres de Soljénitsyne, c'est au peuple russe de les critiquer… à condition de pouvoir les lire puisqu'elles furent interdites à partir de 1964.



Prix Nobel de littérature, grande figure de la dissidence en URSS, Alexandre Soljénitsyne naquit en 1918. Orphelin de père, il fut élevé pauvrement par sa mère à Rostov-sur-le-Don. Après de brillantes études de physique, mathématiques, histoire, littérature et philosophie, il entra en 1941 dans l'armée soviétique où il fut décoré à deux reprises. Mais à la fin de la guerre, il fut arrêté pour avoir critiqué Staline dans une lettre et condamné à huit ans de bagne. Libéré en 1953, il dut rester en exil jusqu'en 1957, date de sa réhabilitation.


C'est durant son exil qu'il écrivit sa première œuvre, un drame, Le Cerf et la Putain du bagne (1954) puis sa célèbre nouvelle sur un camp stalinien, Une journée d'Ivan Denissovitch dont Khrouchtchev autorisa la publication en 1962. Mais à partir de 1964, toutes ses œuvres furent interdites en Union soviétique. Elles parvinrent cependant en Occident où elles furent traduites : Le Premier Cercle (1968), roman sur le régime policier stalinien et la vie des prisonniers intellectuels à l'Institut de recherche scientifique ; Le Pavillon des cancéreux (1968) ; Août 14 (1971), premier tome d'une vaste fresque historique à laquelle il travaille depuis 1936 (La Roue rouge et Novembre 16 (1984) constituent le deuxième tome).


Alexandre Soljénitsyne fut violemment attaqué par les autorités soviétiques après la publication à l'étranger de L'Archipel du Goulag (1973), réquisitoire impitoyable contre l'univers concentrationnaire soviétique. Arrêté en 1974, il fut déchu de sa citoyenneté soviétique et expulsé. Il s'installa d'abord à Zurich avant de s'établir aux Etats-Unis, dans le Vermont.


Après la chute du communisme, Alexandre Soljénitsyne se montra critique à l'égard de l'évolution de son pays où il revint en 1994. Il préconisa un retour aux valeurs morales et politiques traditionnelles de la Russie. Il s'éteint le 3 août 2008 dans son appartement à Moscou.