La mort du pharaon

Le peuple égyptien pleure Nasser lors des obsèques du raïs le 1er octobre 1970

Le 1er octobre 1970, une véritable marée humaine envahit les rues du Caire pour accompagner le président égyptien Gamal Abdel Nasser jusqu'à sa dernière demeure.

Six millions de personnes en deuil sont présentes le long des quinze kilomètres de cortège funèbre, manifestant leur douleur d'avoir perdu le raïs adoré.

"Dieu seul est divin, Nasser est son ami". "Dort en paix Nasser, tu as laissé un peuple libre". "Femmes, pleurez celui qui a construit le barrage d'Assouan, celui qui a fait surgir l'eau dans le désert". Tels sont quelques-uns des slogans clamés ou écrits sur les calicots. 

Deux mille soldats tentent en vain d'endiguer cette foule fanatique. Après les cris, les larmes et délires, on comptera cinq cent évanouissements et dix morts...

Le peuple égyptien est orphelin de son dernier "pharaon".  

Père de la révolution égyptienne qui renversa la monarchie en 1952, Gamal Abdel Nasser (1918 – 1970) contribua à l'émergence du tiers-monde comme force politique. Adulé après la nationalisation du canal de Suez, il devint le leader du panarabisme.

Jeune officier, il se veut très tôt à l'écoute du peuple égyptien avec lequel il partage les sentiments antibritanniques. En 1938, il fait la connaissance d'Anouar el-Sadate. Ensemble ils jure de «libérer l'Egypte». Durant la guerre, Nasser reste du côté des Alliés et découvre la doctrine marxiste qui aura une grande influence sur son évolution intellectuelle.

En mai 1948, Nasser participe à la guerre contre Israël et constate l'état d'abandon de l'armée égyptienne. Au lendemain de la défaite, il fait partie des officiers qui mettent en cause le régime du roi Farouk.

Le 26 janvier 1952, les Britanniques ouvrent le feu sur des policiers égyptiens dans la zone du canal et provoque une explosion nationaliste qui dégénère en émeute. Dans la nuit du 22 au 23 juillet, Nasser s'empare du pouvoir et prend le commandement du Conseil de la révolution, laissant au très populaire général Néguib le poste de chef de l'Etat.

Rompant avec Néguib deux ans plus tard, Nasser met en place son pouvoir personnel. Il s'appuie sur l'armée et sur une large fraction de la paysannerie. Bientôt se rejoignent à lui les fonctionnaires et les petits industriels. Mais Nasser demeure peu populaire. C'est au retour de la conférence de Bandung, en 1955, qu'il obtient une la reconnaissance des masses.

Le 26 juillet 1956, alors que Nasser s'est tourné vers l'URSS pour obtenir le soutien que l'Occident refuse de lui donner, il annonce la nationalisation du canal de Suez pour financer la construction du barrage d'Assouan. Mais les Britanniques, les Français et les Israéliens tentent une action militaire qui tourne court sous la pression des Américains et des Soviétiques.

L'épisode de Suez donne à Nasser une stature internationale. Il développe le « nasserisme », doctrine qui allie le panarabisme exhortant à l'union contre Israël et un socialisme à l'égyptienne. Après la défaite de la guerre des Six-Jours, en 1967, Nasser se réfugie dans l'exaltation du sentiment national qui culmine avec l'inauguration du barrage d'Assouan, construit avec l'aide des Soviétiques. Il passe les trois dernières années de sa vie à réexaminer la question israélienne, sa politique extérieure est alors moins marquée par le panarabisme.

En juillet 1970, Nasser accepte le plan de paix avec l'Etat hébreu que propose Washington et s'interpose entre Jordaniens et Palestiniens, alors en conflit. Il meurt d'une crise cardiaque, le 28 septembre 1970.

  • Journaliste : Jean-Pierre Goretta
    Réalisateur: Yvan Butler