Les rails du cinéma

"L'Etat paie pour des rails de chemin de fer, il peut soutenir le cinéma."

Interrogé dans ce reportage de Temps présent sur la condition de la création en Suisse, Alain Tanner défend la nécessité du soutien de l'Etat pour le cinéma. Les contribuables paient des rails du chemin de fer qui permet d'aller d'un point A à un point B. Pourquoi ne paieraient-ils pas pour le cinéma qui fait lui aussi un voyage entre deux points…

Il est intéressant de noter que Louis-Ferdinand Céline utilisait lui-aussi la métaphore ferroviaire pour parler de son style. C'est le célèbre exemple du métro dans L'entretien avec le Professeur Y et de la «rame émotive» qui lui sert à restituer dans l'écrit l'émotion de la langue parlée.

Cet extrait est tiré du document diffusé à l'antenne sous le titre original : C'est dur la vie d'artiste

Alain Tanner est né à Genève en 1929. Licencié en sciences économiques de l'Université de Genève, il commence à animer le ciné-club de l'université qu'il fonde en 1951, en compagnie de Claude Goretta. Il souhaite révéler grâce au cinéma les réalités sociales de la Suisse masquées par le poids du conformisme. Mais la Suisse est encore indifférente au 7e art et il est contraint de partir à Londres où, en 1953, il entre au British Film Institute. Il tourne avec Claude Goretta Nice time qui reçoit le prix du film expérimental au Festival de Venise en 1957. Dans un climat d'effervescence culturelle, il découvre alors les grands réalisateurs de l'époque.

Rentré en Suisse, Alain Tanner réalise une quarantaine de reportages pour la Télévision Suisse Romande et plus d'une vingtaine de fictions, dont le premier, Charles mort ou vif, obtient en 1969 le Grand Prix de Locarno. Un film en noir et blanc dans lequel un entrepreneur quitte sa petite vie bourgeoise pour une existence bohème. Son deuxième film, La Salamandre, sorti en 1971 et qui devient la référence d'une génération, est dans la même lignée. Alain Tanner décrit, à travers une jeune femme (Bulle Ogier) qui choisit de se marginaliser, une société horriblement ennuyeuse. Suivront Le Retour d'Afrique (1972), Le Milieu du monde (1974), Jonas qui aura 25 ans en l'an 2000 (1976).

Les années lumières obtient le Grand prix du jury du festival de Cannes de 1981. Dans la ville blanche (1983), Une flamme dans mon coeur (1987) et La Vallée au fantôme (1987) gardent toujours ce même questionnement intérieur sur le monde propre au cinéaste. Il laisse des films au ton sobre, sans superficialité, empreints de poésie et d'une forte réflexion sur les conditions que les individus entretiennent avec la société et ses conventions.

  • Journaliste: Jacques Bernard
    Réalisateur: Gérard Louvin