Les xénophobes

En 1970, la Suisse craint la surpopulation étrangère.

Au début des années 70, les Suisses se sentent menacés par la surpopulation étrangère. Limiter le nombre des travailleurs saisonniers apparaît comme le moyen adéquat pour une frange de la droite emmenée par le conseiller national James Schwarzenbach et l'Action nationale. Cette proposition s'inscrit dans le contexte des premières difficultés économiques après une période de surchauffe et trouve un certain écho. L'initiative Schwarzenbach sera néanmoins rejetée par 54% des Suisses.

Avant cette votation importante, Madame TV fait le point sur la question.

La croissance économique de la Suisse, entamée dans les années 50, s'est poursuivie sans fléchir durant les années soixante et au début des années 70. Pour assurer la main-d'œuvre nécessaire à cette économie florissante, le pays a recruté des travailleurs étrangers en Italie d'abord puis en Espagne, les dotant de différents statuts ou permis de séjour sans se préoccuper d'une quelconque politique d'intégration. Peu à peu, le nombre des immigrés a atteint un chiffre record – pratiquement 1 million sur 6 millions d'habitants en 1970 – jusqu'à susciter le terme de «surpopulation étrangère» et provoquer le malaise d'une partie des Suisses qui se sentent menacés dans leur identité nationale. L'étranger, devenu indispensable dans divers secteurs économiques, est ainsi prêt à endosser le rôle de bouc émissaire et à être rendu responsable des problèmes qui accablent ce pays prospère: manque de logements, pollution, puis surchauffe économique.

Dès le début des années 1960, la Confédération, peu armée pour mener une politique économique efficace, tente de réagir au moyen d'arrêtés urgents pour limiter le nombre d'immigrés dans le pays. Sans grand succès.

A la même époque émergent des courants xénophobes en Suisse : en 1961, «l'Action nationale contre l'emprise étrangère du peuple et de la patrie» est fondée à Zurich. Le Parti des Démocrates suisses lance en 1965 une initiative pour limiter la population étrangère à 10%. Le gouvernement prend de nouvelles mesures pour freiner l'immigration: cette initiative est alors retirée en mars 1968. L'Union syndicale suisse demande un plafonnement de l'immigration

La population étrangère continue cependant d'augmenter et atteint 16%. Une deuxième initiative est déposée. L'initiative « Schwarzenbach » – du nom de son instigateur James Schwarzenbach, président des Démocrates suisses – est soutenue par 70000 signatures et intitulée «contre l'emprise étrangère». Ce projet de loi est plus restrictif que le précédent et exige une proportion d'étrangers qui ne doit pas dépasser 10% dans tous les cantons (à l'exception de Genève).

Face aux graves conséquences économiques en cas d'approbation de l'initiative soutenue par l'opinion publique, l'Office fédéral des arts et métiers (OFIAMT) propose un compromis, des mesures qui vont dans le sens d'un plafonnement global de l'effectif des étrangers.

Lors de la votation populaire du 7 juin 1970, le taux de participation des citoyens atteint le record de 74% et l'initiative Schwarzenbach est rejetée par 54% des votants. Cette initiative malgré son échec ne reste cependant pas sans incidence sur la politique d'immigration suisse: le principe des quotas d'immigration est mis en œuvre. Cependant du fait du regroupement familial, la population étrangère ne cesse d'augmenter pour atteindre 18% en 1973.

En novembre 1972, une troisième initiative «contre l'emprise étrangère et le surpeuplement de la Suisse» a été déposée par l'Action nationale, elle demande la réduction du nombre d'étrangers à 500'000 avant la fin de 1977. Le Conseil fédéral essaie de convaincre l'opinion publique du danger de l'initiative.

Cependant en 1974 intervient le choc pétrolier, Italiens et Espagnols commencent à regagner leur pays. Le 20 octobre 1974, la troisième initiative est balayée par 65,8% des votants.

Ces initiatives ont cependant marqué durablement la politique d'immigration de la Suisse: la thématique de la surpopulation étrangère est restée ancrée dans la réalité suisse. Trois autres initiatives xénophobes suivront en 1977, 1988 et 2000. Toutes seront refusées mais elles ont fait apparaître la nécessité d'une politique des étrangers et surgir des initiatives solidaires.