Les saisonniers

Saisonniers arrivant en Suisse en 1960.

Soumis à l'obligation de ne séjourner que neuf mois en Suisse, les saisonniers arrivent généralement au printemps et passent un contrôle sanitaire qui peut s'avérer impitoyable. Sont-ils déclarés inaptes au travail et c'est le renvoi immédiat.

Parmi les interdits que subissent les saisonniers figure celui de ne pouvoir obtenir un bail à loyer. Ils sont donc réunis dans des baraquements, loués par leur employeur à la Confédération. Le statut de saisonnier interdit également le regroupement familial et le changement d'employeur durant la période de travail passée en Suisse. Quant aux impôts, ils courent sur douze mois, même si le saisonnier ne reste que neuf mois en Suisse.

Un reportage intitulé Le retour des hirondelles.

L'entrée en vigueur des premiers accords bilatéraux entre la Suisse et l'Union européenne, le 1er juin 2002, a mis fin au régime des saisonniers. Vingt ans auparavant, une initiative populaire avait été lancée pour supprimer ce statut. Mais le résultat du vote avait été sans appel: le 5 avril 1981, 82% des Suisses rejetaient l'initiative «Etre solidaire».

Commentant dans «Le Matin» du 2 juin 2002 la suppression du statut de saisonnier, le journaliste et écrivain Jean Steinauer écrit: «Il en restera des images: alignements de baraques à la périphérie des villes, foules de voyageurs aux valises cerclées de ficelle sur les quais de gare, et files d'hommes, torse nu, patientant pour la visite sanitaire d'entrée, rite d'humiliation plutôt qu'examen médical. Dans les décennies 1970-80, ce statut était un instrument essentiel de la politique fédérale d'immigration et le thème central du débat sur l'intégration des étrangers.

Economiquement, c'était très utile. Les saisonniers sont d'excellents amortisseurs conjoncturels (…) le statut de saisonnier a permis de gagner du temps, d'éviter les réformes. En évitant toute mobilité, il garantissait leur main-d'œuvre aux secteurs peu attractifs: l'agriculture, l'hôtellerie, et surtout le bâtiment, principal employeur des saisonniers.

Sur le plan juridique, l'objet était presque insaisissable. Le statut de saisonnier n'a jamais été codifié dans une loi. Ses éléments constitutifs proliféraient, de façon un peu cancéreuse, dans une foule d'ordonnances, de règlements, de directives, de circulaires: des textes relevant de la seule administration, malaisés à se procurer, souvent non publiés, et formant une sorte d'infra-droit administratif. La pénombre aussi arrangeait beaucoup de monde…»

  • Journaliste: François Enderlin
    Réalisateur: Jean-Claude Diserens