Le Mirage III

Présentation de l'avion Mirage III en 1964.

Ce 2 mai 1964, l'émission Carrefour a le privilège de présenter en avant-première l'avion de combat Mirage III sorti des hangars de Emmen pour la télévision. Les caractéristiques techniques de l'avion, les impressions des pilotes d'essai du Mirage responsables de l'introduction de cet avion de chasse, un premier vol de démonstration, de quoi s'enthousiasmer pour ce qui doit être l'arme de combat la plus moderne de l'armée suisse.

Le scandale éclatera deux jours plus tard avec la demande par le Conseil fédéral d'un crédit additionnel, une rallonge de 576 millions de francs pour l'achat des 100 Mirages prévus pour un montant initial de 871 millions de francs.

Le 21 juin 1961 l'Assemblée fédérale a accepté un crédit de 871 millions de francs pour l'acquisition de cent avions de combat Mirages III S auprès de la firme Dassault. En 1964, ce montant est depuis longtemps dépassé.

Le 4 mai 1964, le Conseil fédéral demande au Parlement de voter un crédit additionnel de 356 millions de francs, assorti de 220 millions de francs pour le renchérissement. C'est un coup de tonnerre dans l'opinion publique: le Parlement n'a pas été tenu informé des coûts supplémentaires engendrés par la construction des Mirages sous licence en Suisse et par diverses adaptations exigées par l'armée suisse.

S'ensuivra le 17 juin 1964 la création de la première commission d'enquête parlementaire de l'histoire de la Suisse, présidée par Kurt Furgler alors conseiller national. A l'automne, la commission dépose un rapport accablant pour le gouvernement. Le Département militaire fédéral est accusé de tromperie, les informations fournies pour faire voter le crédit au parlement étaient lacunaires. Le 23 septembre 1964, le Parlement décide de réduire la commande à 57 avions de chasse. Les têtes tombent au Département militaire fédéral et le conseiller fédéral Paul Chaudet lui-même, appelé à la démission, renoncera à un nouveau mandat en 1966.

Cette affaire, l'un des plus grands scandales politiques de la Suisse du 20e siècle, remet en cause la politique de défense adoptée en 1961 et suscite des réflexions sur le fonctionnement du Conseil fédéral dépassé par sa tâche.

  • Journaliste: Alexandre Burger