Jacques Schaer

Il fut parmi les déportés suisses dans les camps nazis.

Vérificateur-restaurateur de films au Projet Archives, Olivier Pradervand a sélectionné ce document:

«L'émission A Témoin réserve de belles surprises: il s'agit d'entretiens «entre quatre yeux» qui portent sur des thématiques extrêmement variées. En l'occurrence un document historique rare à notre connaissance, puisque Jacques Schaer fait partie des quelques rescapés parmi la cinquantaine de Suisses de l'étranger déportés par les nazis et internés dans un camp de concentration.

Outre le récit des circonstances qui ont mené à son arrestation puis à sa déportation, l'interview porte essentiellement sur l'attitude des autorités suisses à l'égard de ces quelques dizaines de confédérés, considérés alors selon Jacques Schaer comme de «mauvais citoyens». Ainsi leur a-t-on réclamé par la suite le paiement de la taxe militaire pour la période passée à Neuengamme.

Le récit du retour en Suisse est particulièrement intéressant. Jacques Schaer a notamment été confronté à l'incrédulité, voire à la méfiance de ses contemporains au moment même où ces derniers découvraient les images de la libération des camps. Le caractère problématique du témoignage des survivants est bien connu et a suscité depuis une importante littérature. La difficulté du retour à une vie normale et la situation psychologique complexe des anciens déportés apparaissent également à travers le récit de Jacques Schaer, qui considère sa réhabilitation quelques années plus tard comme «son plus grand drame».

Cette émission a par ailleurs nécessité une procédure de restauration particulière. En effet la bande-son, qui se présente sous la forme d'une bande magnétique séparée du film 16mm, souffrait d'une maladie appelée sticky shed syndrome. Il s'agit d'une dégradation chimique du liant magnétique de la bande, qui devient alors molle et collante, a tendance à se déposer sur les têtes de lectures, voire, dans les cas les plus graves comme ici, à s'arracher irrémédiablement au moment de la lecture.

Bien qu'affectant des émissions plus récentes que le syndrome du vinaigre, puisqu'il ne concerne que les bandes à support polyester, introduites après les bandes à base d'acétates, cette dégradation est très épineuse car relativement mal connue. Une procédure de restauration a été développée expérimentalement par l'équipe du projet Archives sur la base des connaissances existantes. Le seul traitement connu consiste essentiellement à chauffer les supports au moyen d'un four pendant une période donnée, ce qui a pour effet de dessécher l'émulsion et de lui rendre en partie au moins sa stabilité. Cette technique s'applique avec une grande prudence car les documents que nous traitons sont le plus souvent des exemplaires uniques. En l'occurrence plusieurs tentatives ont été nécessaires avant de pouvoir transférer sans dommage cette émission sur un nouveau support.»

  • Journaliste: Jean-François Nicod