Fellini et le petit écran

Le cinéaste italien Federico Fellini en 1969.

«La télévision ne peut exprimer ma vision personnelle. Ses limitations sont trop grandes…» Interrogé sur son rapport à la télévision, Federico Fellini porte une charge directe contre elle, accusée d'imposer un conditionnement qui influence le style. Pas de lumières subtiles, si essentielles au cinéma, pas de possibilité d'expression authentique pour un cinéaste avec cet «instrument d'aliénation qui est posé chez soi comme un frigo…»

Cette interview est tirée de l'émission Temps présent réalisée sur le tournage de Fellini Roma et diffusée le 9 septembre 1971.

Né le 20 janvier 1920 dans une famille de la moyenne bourgeoisie de Rimini, Federico Fellini fait ses classes dans un collège religieux avant de partir en 1938 à Florence où il fait ses débuts dans le journalisme. Très vite il s'installe à Rome où il écrit des sketches pour la radio et dessine pour des journaux humoristiques. En 1943, il épouse Giuletta Masina et, à la libération de Rome, se lie d'amitié avec Roberto Rossellini pour lequel il collabore lors du tournage de Rome, ville ouverte.

Devenu un des principaux théoriciens du néoréalisme, Federico Fellini écrit des scénarios et réalise en 1951 son premier film, les Feux du music-hall qui se solde par un échec financier. Il en ira de même avec son deuxième film Courrier du coeur, tourné l'année suivante. En 1954, le conscience de la solitude le conduit à réaliser la Strada qui obtient l'oscar du meilleur film étranger et dans lequel Giuletta Masina tient le rôle principal. En 1957, Fellini décroche une nouvelle fois l'oscar du meilleur film étranger avec les Nuits de Cabiria, portrait d'une petite prostituée candide.

Mais le tournant décisif de son œuvre sera marqué en 1960 par la sortie de La Dolce Vita. Film sans conclusion qui rompt avec les règles traditionnelles de la narration cinématographique, La Dolce Vita agit comme un critique sans concession de la décadence de la société contemporaine. La nouvelle conception esthétique de Fellini s'exprime dans Huit et demi, sorti en 1963, qui lui permet de laisser libre court à l'autobiographie, à son attirance pour le surnaturel et au symbolisme baroque.

Puis Federico Fellini met en scène des aspects plus intimes de sa personnalité avec ses souvenirs de jeunesse dans Amarcord (1973) ou ses premiers émois sexuels dans Roma (1972). Son goût pour le baroque le conduit à une perception cauchemardesque de la Rome antique avec Satyricon (1969), libre adaptation de l'œuvre de Pétrone, ou de la sensualité de Casanova (1976). Sa vision de la décadence de la société, si subtilement présentée dans la Dolce vita ou de la mort (E la nave va – 1983), sa critique du monde du spectacle avec notamment Ginger et Fred (1986) et sa puissance visionnaire alliée à une constante recherche formelle font de lui un des rares auteurs complets du cinéma. Il meurt le 31 octobre 1993.

  • Journaliste : Peter Amman
    Réalisateur: Jean-Jacques Lagrange