Claudévard

Le couple d'artistes se confie sur les conditions de la création.

Au début de 1970, Alain Tanner réalise un reportage sur le couple d'artistes jurassiens Jeanne-Odette et Jean-Claude Evard, dit Claudévard. C'est la réalité de la condition d'artiste, hors des réseaux habituels de la création, qui raisonne dans la vie de ce couple. Aux difficultés financières s'ajoute la distance imposée par le statut social de l'artiste, ni paysan, ni ouvrier.

Né le 16 octobre 1930 à Bienne, originaire du Val-de-Ruz, Jean-Claude Evard, dit Claudévard, suit une formation au Technicum en section arts appliqués avant de se tourner vers la peinture. En 1953, il étudie l'art du XIIIe et XIVe siècles lors d'un séjour à Florence. Venu aider Lermite à la Brévine en 1954, il y restera toute sa vie. Ces premières années sont marquées par plusieurs prix dont celui de la Bourse fédérale en 1955, 56, et 58.

Fasciné par le théâtre et le cinéma, il s'occupe des décors et costumes du Théâtre populaire romand entre 1962 et 1972 et crée en 1962 le Ciné-Club dans son village du Cerneux-Péquignot. Cette période est riche en dessins à l'encre de Chine proches de l'art informel. Dès 1967, il se lance avec sa femme dans «l'aventure murale». Il réalise aussi plusieurs reliefs en béton intégrés. Dès les années 1980, il peint de plus en plus sur le thème de l'architecture qui prend la forme de plans d'églises romanes dès 1990. Le 7 avril 2004, il disparaît brusquement.

Née le 12 octobre 1930 à Bienne, originaire du Val-de-Travers, Jeanne-Odette Vaucher est très vite attirée par la matière. Parallèlement à son apprentissage dans une fabrique horlogère, elle suit des cours de modelage, de céramique et d'histoire de l'art. L'été passé en 1953 chez Elsi Giauque, pionnière de la tapisserie en Suisse, la marque profondément. En 1954, elle se marie avec Jean-Claude Evard, dit Claudévard, et s'installe à la Brévine. Commencent pour eux une vie rudimentaire dédiée à la création artistique. Jeanne-Odette abandonne la céramique pour le textile. Les années 70 et 80 sont marquées par les tapisseries monumentales communes pour divers édifices privés et publiques dont le Collège des Endroits à La Chaux-de-Fonds, la Fabriques de Tabac Réunies à Serrière-Neuchâtel, le Technicum au Locle. En parallèle, elle invente de nouvelles techniques de tissage plus fluides et mouvantes qui lui permettent d'échapper au dessin très dense de son mari. Dès 1984, elle marie le fil au papier.

  • Journaliste: Michel Boujut
    Réalisateur: Alain Tanner