Vivre à Moscou

En 1994, la misère touche toutes les couches de la population.

Au milieu des années 90, Moscou et la Russie vivent une époque troublée. Le mot d'ordre est de survivre comme on peut. Il devient indispensable de cumuler plusieurs emplois pour pouvoir faire vivre sa famille.

Les journalistes Thérèse Obrecht et André Gazut réalisent cet émouvant documentaire pour Temps Présent, qui illustre bien le tragique écart de richesses entre une minorité richissime, souvent issue de l'ancienne nomenklatura communiste, et l'immense majorité de citoyens abandonnés à leur sort.

Ce document a été diffusé à l'antenne sous le titre original : Mourir à Moscou

En 1991, Boris Eltsine crée les institutions existantes de l'Etat russe. La même année, il lance la privatisation sauvage des biens nationaux et des terres. Celles-ci profitent à un petit groupe de personnes, qui, grâce à la corruption des fonctionnaires et même de l'entourage du président, arrivent à batir des fortunes colossales (Roman Abramovitch, Boris Berezovski, Mikhail Khodorkovski, Rem Viakhirev, PDG du groupe Gazprom). La privatisation débridée ne profite pas à l'économie russe. De 1991 à 1995, la Russie vit des années noires: inflation de 1000%, chômage exponentiel, fermeture des anciennes usines russes. Le secteur de la défense est délaissé. Des bases militaires stratégiques ferment, les armes disparaissent soudainement des entrepots pour être vendues. En même temps, la Russie doit gérer deux guerres tchetchènes, lancées par Djokhar Doudaïev, qui grâce à son agressivité contre la Russie, l'ennemi héréditaire des Tchetchènes, arrive à fédérer son peuple contre «l'occupant russe».

En 1995, la Russie commence à renouer avec la prospérité. Mais la domination des «oligarques» constitue un frein au dévéloppement du pays. Le déclin du secteur stratégique (armée, ressources naturelles) continue. En témoignent les contrats juteux signés par les majors internationales, américaines ou anglaises notamment (ex: Shell à Sakhaline). On vend aux Américains des actifs militaires russes. Ces dernières transactions finissent par éclater sous l'hostilité de l'opinion populaire.

Le 31 décembre 1999, Boris Eltsine «abdique» en un long discours diffusé sur NTV (chaîne de l'oligarque Goussinski) et ORT (chaîne de l'oligarque Berezovski). Il fait un mea culpa de sa gestion et s'efface au profit de son sucesseur Vladimir Poutine, un ancien du KGB inconnu de la politique, dont la rapide ascension est orchestrée par le clan Bérézovski.

  • Journaliste: Thérèse Obrecht et André Gazut