Un an avant le drame

Le pasteur Samuel Melchert, aumônier des ouvriers du chantier du barrage du Mattmark en 1964. [RTS]
  • Catastrophe
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1 mars 1964

Présence protestante

« J’ai été étranger et vous m'avez recueilli »

En citant cette parole de l’Evangile, le pasteur Samuel Melchert exprime le sens de sa mission auprès des ouvriers du barrage de Mattmark, au-dessus de Saas Fee. Parqués dans des baraquements à 2200 mètres d’altitude, ces derniers sont en grande majorité d’origine italienne. En ce mois de mars 1964, la température dépasse rarement les zéros degrés.  Le pasteur essaie comme il peut d’adoucir les conditions de vie difficiles de ces travailleurs saisonniers. 

Son témoignage accompagne en voix off les images du quotidien des ouvriers du barrage. Images poignantes, car à peine un an et demi plus tard, l’effondrement du glacier d’Allalin allait ôter la vie à 88 d’entre eux.

Le 30 août 1965, un pan du glacier de l’Allalin, au-dessus de Saas-Fee, s’effondre sur les baraques de chantier du barrage de Mattmark. 88 ouvriers périssent dans la catastrophe. Parmi eux 23 Suisses et 57 Italiens. Le drame de Mattmark émeut l'Europe entière. Des chefs d'Etats et le pape Paul VI adressent des télégrammes de condoléances. Un élan de solidarité se crée : la Croix-Rouge française envoie un chèque de 10'000 francs et la ville de Milan verse 35'000 francs dans un fonds pour les familles.

Outre son tragique bilan humain, l’événement va mettre en lumière les conditions de travail dangereuses et précaires de ces travailleurs en majorité étrangers. Les familles des victimes porteront plainte contre les responsables du chantier, directeurs, ingénieurs et fonctionnaires. Portée devant la justice en 1972, l’affaire sera jugée par le tribunal de Viège, qui acquittera les 17 accusés. Ce verdict sera confirmé en appel, le juge faisant même peser la moitié des frais de justice sur les plaignants. Cette décision provoquera colère et amertume en Italie, où l’Etat finira lui-même par prendre en charge ces frais.