Les Jivaros (2)

Les terres des Jivaros sont convoitées pour leurs richesses.

Les Jivaros ou la fédération Shuar

Apprendre pour survivre. Le premier film que Simone Mohr a tourné en Amazonie, avec la collaboration de l'ethnologue René Fuerst, s'attachait à montrer l'héritage traditionnel qui s'est transmis, pratiquement intact, depuis la nuit des temps.

Mais aujourd'hui, la forêt ne fait plus écran. Les convoitises internationales attisées par le pétrole, l'or, l'uranium mettent les Shuars en danger. Déjà, par endroits, la jungle a cédé la place à des banlieues lépreuses. Et les Shuars passent brutalement de l'âge néolithique à celui du transistor; certains d'entre eux roulent à moto et la nourriture ne se gagne plus par la chasse et la cueillette: il faut aller au minable «supermercado» du coin, comme des touristes désargentés. Il est des images qui parlent plus que de longs discours: les Shuars filmés ici ne sourient plus…

Alors pour éviter d'être engloutis une solution: apprendre. Apprendre l'espagnol, pour comprendre ce qui se passe; apprendre à calculer, apprendre à se méfier. 87% d'entre eux sont alphabétisés et l'émetteur Tucua, qui diffuse en langue shuar, tape inlassablement sur le clou de la conscientisation. «Les Blancs ne nous aiment que pour ce qu'ils peuvent nous ravir», disent-ils. Ils se font donc arpenteurs et lâchent la sagaie pour le théodolite. Il faut à tout prix marquer un territoire sur lequel certains, déjà, spéculent. Et tandis que des médecins bénévoles distribuent des piqûres pour lutter contre les maladies importées par la pollution, l'équipe de la Télévision Suisse Romande a pu filmer une cérémonie interdite aux étrangers, cérémonie durant laquelle le guérisseur officie sous l'effet du NATEM hallucinogène.

  • Journaliste: Jean-Fred Bourquin
    Réalisateur: Pierre Barde et Simone Mohr