Angela Davis

"L'histoire du peuple noir aux Etats-Unis est une histoire de la combativité." [RTS]
  • Enjeux de société
  • Vidéo 13 min.

8 octobre 1975

Voix au chapitre

«L'histoire du peuple noir aux Etats-Unis est une histoire de la combativité, il faut résister», déclare Angela Davis dans cette interview de l'émission littéraire Voix au chapitre. En 1975, en compagnie de Jean-Pierre Moulin, elle revient sur son engagement en faveur de l'émancipation des Noirs et des femmes, un engagement marqué par son choix du communisme.

Elle refusa en effet l'intégrationnisme prôné par Martin Luther King. Le marxisme constitue pour elle un des éléments centraux de son positionnement: Angela Davis pense que la lutte de libération des Noirs doit s'insérer dans le mouvement révolutionnaire dont le socialisme constitue l'horizon.



Née le 26 janvier 1944 en Alabama, Angela Davis est marquée dans sa jeunesse par la ségrégation raciale qui prévaut dans le Sud des Etats-Unis. Elle poursuit ses études à New York où elle fréquente des milieux engagés à gauche, dont les militants d'une organisation de jeunesse marxiste-léniniste.


Elle participe alors aux manifestations de soutien au mouvement des droits civiques. En 1962, à l'université de Brandeis dans le Massachusetts, où elle compte parmi les trois seuls étudiants noirs, elle découvre les existentialistes français et les philosophes Marcuse et Adorno. En 1965, Angela Davis s'installe à Francfort pour y étudier la philosophie.


En Allemagne, elle s'engage aux côtés des étudiants pacifistes qui manifestent contre la guerre au Viêt Nam. Alors que le mouvement Black Power prend de l'ampleur aux Etats-Unis, elle décide de regagner son pays. Marcuse, désormais en poste à l'Université de San Diego, accepte de reprendre la direction de sa thèse, initialement tenue par Adorno.


Elle refuse l'intégrationnisme prôné par Martin Luther King. Le marxisme constitue pour elle un des éléments centraux de son positionnement: elle pense que la lutte de libération des Noirs doit s'insérer dans le mouvement révolutionnaire dont le socialisme constitue l'horizon.


Si Angela Davis affiche son marxisme, elle hésite pourtant longuement avant de s'affilier au mouvement communiste. En Allemagne notamment, elle s'est imprégnée d'un discours libertaire très critique à l'égard du communisme soviétique. Elle finit par adhérer en 1968 au Che-Lumumba Club, une section du parti communiste américain réservée aux Noirs. Elle rejoindra aussi le Black Panther Party dont la position révolutionnaire se caractérise par un égal refus de l'intégrationnisme et du séparatisme.


Une autre composante de son identité militante est son féminisme. Son engagement lui vaut d'être surveillée par le FBI. Elle enseigne en 1969 à l'université à Los Angeles, mais elle est renvoyée en raison de son activisme politique. Elle s'investit dans le comité de soutien aux Frères de Soledad, du nom de ces trois prisonniers noirs américains accusés d'avoir tué un gardien en représailles à l'assassinat d'un de leur codétenu. Angela Davis est accusée d'avoir organisé une prise d'otages dans un tribunal dont l'issue fut meurtrière après que la police eût ouvert le feu. Commence alors une cavale de deux semaines à travers les Etats-Unis. Elle est arrêtée dans un hôtel, puis emprisonnée pendant seize mois avant d'être jugée et acquittée.


Dès sa sortie de prison en 1971, Angela Davis publie plusieurs livres. Ses essais autant que ses discours véhéments en font l'une des intellectuelles radicales les plus connues. En 1980 et en 1984, Angela Davis se présente aux élections présidentielles américaines comme vice-présidente du candidat communiste Gus Hall.


Aujourd'hui, Angela Davis est professeur d'histoire de la conscience à l'Université de Californie. Elle fait campagne contre la guerre en Irak, lutte pour l'amélioration des conditions de détentions aux Etats et contre la peine de mort.