Le temps du mal

Tchossitch parle de son chef d'oeuvre avec Rossi et Georges Haldas.

Dans cette émission d'Hôtel, Pierre-Pascal Rossi reçoit l'écrivain serbe Dobritsa Tchossitch (ou Cosic), aussi talentueux que décrié.

Ancien partisan pendant la guerre et soutien de Tito jusque dans les années 60, il se fait ensuite connaître pour ses prises de position nationaliste grand-serbe. En 1992, il deviendra même le président de la Fédération yougoslave, poste dont il sera chassé par Slobodan Milosevic, que Tchossitch soutenait jusque là.

A côté de cette vie politique agitée, Tchossitch est aussi connu pour ses écrits et notamment son chef d'oeuvre Le temps du mal. Tout en même temps, épopée, roman historique, familial et d'amour, cette trilogie raconte les déchirements d'une famille à Belgrade à la veille de la Seconde guerre mondiale.

Tiraillé entre son progressisme qui le pousse vers la gauche anti-fasciste et son humanisme qui le détourne du Komintern et de Staline, le héros se retrouve dans la position proche qu'Arthur Koestler nommait «la lie de la terre» dans son roman.

Dobrica Cosic, ou Dobritsa Tchossitch est né en 1921 à Velika Drenova, près de Trstenik, au centre de la Serbie). Homme politique et un écrivain serbe, il fut le premier Président de la République fédérale de Yougoslavie du 15 juin 1992 au 1er juin 1993.

En 1939, Dobrica Cosic rejoint les jeunesses communistes à Negotin. En avril 1941, quand l'Allemagne nazie envahit la Yougoslavie, il combat en tant que résistant communiste aux côtés de Tito. Après la guerre, il occupe de hautes fonctions dans l'État, en participant notamment à la Commission pour l'Agitation et la Propagande, puis en devenant représentant de sa région natale.

Après 1963, au moment où Tito envisage une décentralisation en Yougoslavie, il considére que la population serbe du pays est en danger. En mai 1968, devant le plénum du Parti communiste de Serbie, il prononce un discours dans lequel il condamne la politique yougoslave en faveur des nationalités. Il s'oppose particulièrement à une plus grande autonomie du Kosovo et de la Voïvodine.

En 1968, désormais considéré comme un dissident en raison de son nationalisme serbe, Dobrica Cosic est exclu du parti communiste yougoslave et placé en résidence surveillée. Dans les années 1980, après la mort de Tito, il continue à se faire l'avocat des populations serbes. Poursuivant parallèlement sa carrière littéraire, il devient membre de l'Académie serbe des Sciences et des Arts.

En 1989, il entérine l'élection de Slobodan Miloševic comme Président de Serbie. Et en 1991, il appuye l'ascension de Radovan Karadzic à la tête des Serbes de Bosnie. Lorsque la guerre commence en 1991, il soutient fermement l'effort de guerre de la Serbie.

En 1992, Dobrica Cosic est élu Président de la République fédérale de Yougoslavie, créée sur les territoires de la Serbie et du Monténégro (en intégrant la Voïvodine et le Kosovo). Mais il est évincé du pouvoir par Slobodan Milosevic en 1993.

En 2000, il rejoint l'organisation Otpor qui, par son hostilité, a joué un rôle important dans la chute de Milosevic. Par la suite, il a déclaré que s'il avait su que que Otpor était financé par des fonds étrangers, il ne l'aurait pas rejoint.

La maison d'édition L'Âge d'Homme contribue à diffuser l'œuvre et la pensée de Dobrica Cosic en Suisse et en France.

  • Journaliste: Pierre-Pascal Rossi