Maurice Herzog

Maurice Herzog en 1970

A 88 ans, Maurice Herzog revient sur son expédition victorieuse sur l'Annapurna, premier 8000 mètres vaincu par l'homme le 3 juin 1950. Il avait déjà raconté son aventure dans un livre paru en 1951, Annapurna premier 8000. Cette version n'avait pas été du goût de tout le monde, ni même de certains de ses camarades d'expédition. La vérité y semblait arrangée pour faire de Maurice Herzog le principal héros de cette épopée tragique (Herzog et son compagnon de cordée Louis Lachenal en revinrent gravement mutilés aux mains et aux pieds).

Au micro de Patrick Dujany, Herzog explique les raisons qui l'ont poussé à écrire ce deuxième livre sur une aventure qui a changé complètement sa vie et même sa personnalité.

(Source photo: TSR 1975)

Le 3 juin 1950, Maurice Herzog (né en 1919) et Louis Lachenal atteignent le sommet de l’Annapurna (Himalaya), qui culmine à 8091 mètres. C’est la première fois que des hommes parviennent à se hisser à plus de 8000 mètres. L’expédition française, dirigée par Herzog, répondait à un fort besoin d’introniser des héros français, après le traumatisme de la Seconde Guerre mondiale.

Résistant, pilote d’avion, alpiniste, Maurice Herzog avait parfaitement le profil de ce type de héros. Mais l’expédition, préparée à la hâte, se termine mal. La mousson précoce rattrape l’expédition et abat sur elle des tempêtes de neige et un froid mordant.

Herzog et Lachenal tente un assaut final vers le sommet, depuis le camp de base 5. Ils en reviennent gravement gelés aux mains et aux pieds, affirmant être allés au sommet. La photo d’Herzog, qui fit le tour du monde, n’en apporte pourtant pas la preuve formelle.

La retraite est pénible : les deux héros ne peuvent plus marcher, et doivent être portés à dos d’homme ou sur des brancards.

De retour à Paris, Maurice Herzog publie très rapidement son livre Annapurna, premier 8000 (1951), qui raconte une version des faits contestée par une partie de ses camarades, et mise en doute par certains spécialistes de la haute montagne. Le film de Marcel Ichac, Victoire sur l’Annapurna, commenté par Herzog, rencontre un grand succès, mais ne lève pas le doute sur la réalité de l’exploit, puisque le dernier assaut n’a pas pu être filmé.

Plus que ce doute sur la réalité de l’exploit, c’est aussi la personnalité de Maurice Herzog qui dérange dans le milieu des guides. Consacré héros de la patrie, nommé ministre de la jeunesse et des sports, député, maire de Chamonix, Herzog voit non sans plaisir les honneurs pleuvoir sur lui, tandis que son camarade de cordée Louis Lachenal, réduit au silence, ne peut faire entendre sa version des faits : les membres de l’expédition avaient tous abandonné par contrat leurs droits de publication de leurs souvenirs.

En 2012, sa fille Félicité Herzog publie Un héros (Grasset), « roman » en forme de confession qui égratigne sévèrement l’image de héros que son père avait passé son temps à créer et entretenir depuis son exploit.

  • Journaliste: Patrick Dujany