L'appel du 1er août

Comme Churchill ou de Gaulle, Guisan a affiché un esprit de résistance. Il utilisera le Réduit national comme une bannière, garante de cohésion et de force morale. DR

En cette journée de fête nationale, quelques jours après le "Rapport du Grütli" du 25 juillet 1940, le général Guisan lance un vibrant appel aux soldats suisses.


Chaque soldat, bien intégré dans la stratégie du réduit national, doit participer à la sauvegarde de l'indépendance du pays. Car "la guerre n'est pas terminée, l'armistice n'est pas la paix", affirme le commandant en chef de l'armée suisse. Dans ce discours patriotique, le général s'affirme comme la voix de la résistance, en comparaison à celle du président de la Confédération Pilet-Golaz, un autre Vaudois, partisan lui d'une "adaptation" à la situation de domination germanique.


La portée morale et militaire du "réduit national" suisse face à la menace du 3e Reich fera l'objet de multiples analyses d'experts issus de l'armée d'abord puis de la société civile lorsque la Suisse revisitera son passé dans les années 90.


Henri Guisan est né le 21 octobre 1874 à Mézières, dans le canton de Vaud, où son père était médecin. Il a d'abord suivi les cours de l'Ecole d'agriculture de Hohenheim, en Allemagne et à Lyon, avant de travailler dans son domaine de Chesalles-sur-Oron. Promu lieutenant en 1894, il accède successivement à tous les grades militaires: divisionnaire en 1926, commandant de corps en 1932, il est apprécié pour son sens du contact avec la troupe et ses méthodes de direction d'état-major.


Le 30 août 1939, à l'âge de 65 ans, il est élu au grade de général, commandant en chef de l'armée suisse, par l'Assemblée fédérale. Il occupera ce poste jusqu'en 1945.


Alors que la Suisse est encerclée par les troupes allemandes, le général Guisan utilise tous les moyens militaires à sa disposition (430 000 soldats et 200 000 hommes du service complémentaire) pour sauvegarder l'indépendance du territoire et défendre la politique de neutralité malmenée par l'obligation, pour le Conseil fédéral et l'économie, de composer avec le pouvoir allemand.


Dès le mois de mai 1940, il décide de rassembler ses forces combattantes dans un espace plus limité dans les Alpes se prêtant au combat défensif, ce qui donna naissance à la conception du Réduit national.


Le 25 juillet 1940, le général Guisan tient au Grütli son fameux rapport d'armée, qui eut un grand retentissement dans le pays et à l'étranger. Il rappelle alors sa volonté de défendre le pays.


Le 20 août 1945, il fut officiellement déchargé de ses responsabilités militaires. Il meurt le 7 avril 1960 à Pully. Le lendemain, plusieurs quotidiens lui rendent hommage. «La Suisse» écrit: «Il incarnait le citoyen suisse et par-dessus tout le citoyen soldat. Il a été l'homme et le chef de la situation dans une période troublée de notre histoire, où tant de forces contraires agissaient à l'intérieur du pays.» Dans «La Liberté», on peut lire «qu'il nous a quittés sans qu'une ombre, ni une défaillance ne vienne ternir la netteté. Henri Guisan fut de ces hommes que la Providence place sur le chemin des peuples qu'elle veut conduire, et qui s'incorporent si totalement à leur mission qu'ils paraissent avoir été de tout temps faits pour elle. » Quant au quotidien socialiste «La Sentinelle», il note: «ce que les travailleurs et les soldats aimaient dans le général, c'était sa simplicité et son naturel. Sa justice était la même pour tous. En raison de ses qualité d'homme, le général Guisan avait su créer entre l'armée et le peuple un esprit nouveau.»