En version pyjama, slim ou fromage, choisissez votre combi!

Grand Format Ski alpin

Reuters

Introduction

Le ski suisse brille de mille feux cet hiver. Aussi bien chez les femmes que chez les hommes, la combinaison helvétique truste les podiums de Coupe du monde. Devenue iconique au fil des années, la tenue de nos skieuses et skieurs fait partie du patrimoine national. Pour mieux comprendre son évolution, faisons un détour par la garde-robe de Swiss-Ski avant le dénouement de la saison à Lenzerheide.

Chapitre 01
Le "pyjama" de Russi et Collombin

Keystone

"Les combinaisons de ski? A mon époque, c’étaient des pyjamas" (rires), lance Bernhard Russi dans une des innombrables archives que possèdent la RTS sur le champion olympique de 1972. Au début des "Seventies", le ski de compétition en est encore à ses balbutiements. Le circuit de la Coupe du monde vient d’être créé et la marge de progression est énorme sur le plan du matériel.

Comme l’indique le descendeur Roland Collombin dans un reportage de 1975, "l'équipement actuel est assez rudimentaire, ce qui prime est de trouver la meilleure position à adopter sur les skis". Le temps de la recherche de pointe n'est pas encore venu. Les tenues sont simplement personnalisées avec le nom de chaque athlète cousu sur des combinaisons en laine.

"La préhistoire du ski"

"Bernhard Russi, Roland Collombin et Marie-Thérèse Nadig sont des figures incontournables du ski. Mais leur période d'activité renvoie un peu à la préhistoire de ce sport", ose l'historien Grégory Quin. "En cas de casse du matériel, ils allaient certainement eux-mêmes chercher un bâton ou un ski de remplacement".

Le Lauberhorn raconté par Roland Collombin [RTS]
Ski alpin - Publié le 18 janvier 2019

Chapitre 02
Du textile naturel au textile en polyester

Thomas Studhalter - Keystone

Au cœur des années 1970, quelques téméraires se lancent dans la confection de tenues "maisons" plastifiées pour défier les lois de l’aérodynamisme. Ils profitent également des largesses de la Fédération internationale de ski (FIS) qui permet dans un premier temps aux athlètes de s’élancer avec des combinaisons non homologuées.

Minimiser la résistance à l’air

Mais l’instance corrigera le tir en édictant un règlement qui définit la quantité minimale d’air (30l par m2 à la seconde) que peut laisser passer le tissu d’une combinaison. En outre, chaque tenue utilisée en course doit posséder un plombage avec le logo de la FIS. Le non-respect de ces règles entraîne d’office la disqualification.

L'évolution des composants chimiques marque une vraie révolution technologique. "La grande avancée est l’arrivée des matières plastiques. A partir de ce moment, on a commencé à travailler sur la résistance à l’air afin qu’elle soit la plus faible possible", précise l’emblématique Karl Frehsner. Mentor à succès de plusieurs grands noms du ski, l’Autrichien de 82 ans s’occupe toujours du développement des combinaisons de la Fédération suisse.

Karl Frehsner: l'homme des combinaisons du ski suisse [RTS]
RTS Sport - Publié le 16 mars 2021

Chapitre 03
La traque aux centièmes de seconde

Urs Flueeler - Keystone

Chaque été, Karl Frehsner embarque un groupe de skieur, au sein duquel on trouve notamment Corinne Suter et Beat Feuz, dans les souffleries d’Emmen et d’Ingolstadt en Allemagne. L’objectif est de contrôler les propriétés aérodynamiques de la combinaison ainsi que la qualité des coutures.

Karl Frehsner donne ses indications à Peter Müller dans la soufflerie d'Emmen en 1986. [STR - Keystone]Karl Frehsner donne ses indications à Peter Müller dans la soufflerie d'Emmen en 1986. [STR - Keystone]

La victoire se joue à quelques coups de centièmes et la part attribuée à la combinaison dans le succès ou la défaite n’est pas négligeable. L’équipe de Suisse collabore depuis 1978 avec l’équipementier "Descente" pour la confection de ses combinaisons. L’association entre Swiss-Ski et la firme japonaise semble sans faille, même si elle a été chahutée en 1998 et 2003 par des polémiques liées à la qualité des tissus produits par l’entreprise appenzelloise Eschler.

Décembre 2003: polémique autour des combinaisons de ski. Patrice Morisod (entraîneur) et Gian Gilli (chef du secteur compétition) à l'interview [RTS]
RTS Sport - Publié le 16 mars 2021

"De 1998 à 2003, il n’y avait pratiquement plus de recherche au niveau des combinaisons. Les athlètes prenaient ce qu’on leur donnait. A la fin, ce sont des détails dans le placement des coutures ou l’orientation des structures de la combinaison qui peuvent faire la différence", explique Didier Cuche en 2010 dans un sujet de l’émission Nouvo.

Octobre 2010: Lara Gut et Didier Cuche évoquent les combinaisons de ski [RTS]
RTS Sport - Publié le 16 mars 2021

Des dessous qui font jaser

Au temps des pionniers, les soupçons et les doutes font déjà partie intégrante du développement des combinaisons. En décembre 1977, l’Autrichienne Annemarie Moser-Pröll perd la victoire acquise lors du géant de Val d’Isère à cause d’une combinaison qui ne respecte pas les normes d’étanchéité. Le Canadien Ken Read connaîtra le même sort au cours de la descente de Morzine en janvier 1979.

Plus proche de notre époque, Tina Maze fait polémique en 2012 avec un sous-pull thermique, porté pendant le super-G de Bad Kleinkircheim, que Swiss-Ski juge contraire au règlement. Blanchie par la FIS, la Slovène réagira une semaine plus tard en dévoilant devant les caméras un soutien-gorge avec le message "Not your business" (Pas vos affaires).

"Tout ce que l’on porte sous la combinaison est important. L’épilation peut également jouer un rôle. Fraîchement rasés, les pores de la peau se ferment et l’on peut gagner de la vitesse", détaille Karl Frehsner.

"Chaque athlète utilise une combinaison par course"

Faites sur mesure, les combinaisons ont une durée de vie très limitée. Pour maximiser les chances de victoire, elles n’ont droit qu’à une seule sortie dans les disciplines de vitesse. "En descente et super-G, chaque athlète utilise une combinaison par course. C’est assez fou", révèle le consultant RTS Patrice Morisod. Le coût d’une combinaison est estimé à 600 francs.

Chapitre 04
Le sponsoring entre dans la danse

Lukas Lehmann - Keystone

Les nouveaux horizons ouverts par la technologie permettent aussi un développement esthétique grâce au polyester. Cela tombe bien, les sponsors sont à l’affût pour profiter de la visibilité d’un sport qui fait recette. "Les années 1980 sont emblématiques du basculement vers le 'ski people' avec des figures qui émergent, à l’instar de Maria Walliser par exemple", relève l’historien Grégory Quin.

"Le ski devient alors un lieu d’investissement potentiel qui va trouver son apogée avec la fameuse combinaison 'fromage'", ajoute-t-il. En 1992, l’Union suisse des fromagers réussit effectivement une superbe opération marketing en devenant le sponsor principal de l’équipe nationale pendant six ans.

1992-1998: le ski suisse adopte le look "fromage". [RTS]
RTS Sport - Publié le 16 mars 2021

"Swiss-Ski a besoin des sponsors pour exister"

Ce coup de fouet dans la quiétude helvétique ne passe pas inaperçu. Les athlètes doivent désormais se plier aux exigences de leurs sponsors et chacun a son avis sur la question. La combinaison fait même débat dans la Berne fédérale, où une interpellation parlementaire est déposée sur le sujet. Chef alpin de la Fédération suisse à ce moment-là, Théo Nadig est ravi du concept. "Je pense que nous avons pour une fois quelque chose de génial ", dit-il au micro de la TSR en 1994.

Un nombre de licenciés qui diminue dans les ski-clubs.
RTS Sport - Publié le 16 mars 2021

Chapitre 05
Pas de sponsors aux Jeux mais du design

Charlie Reidel - Keystone

Contrairement à la Coupe du monde et aux Mondiaux, les sponsors ne sont pas autorisés sur les tenues lors des Jeux olympiques. Lorsqu’il remporte la médaille d’or en descente à Vancouver, Didier Défago aborde ainsi une combinaison spécialement conçue pour les JO de 2010.

Depuis les Jeux de 2006, les combinaisons helvétiques ne présentent plus les mêmes motifs esthétiques que ceux utilisés durant la saison. "Nous développons désormais un nouveau projet avec 'Descente' pour chaque olympiade. Le but est de faire un lien avec la Suisse en jouant avec la croix helvétique et les couleurs rouges et blanches", précise Christian Zingg, directeur du Ski Pool de Swiss-Ski.

Âgée de 17 ans, Michela Figini s'envole vers la médaille d'or de la descente aux JO de Sarajevo en 1984. [Keystone]Âgée de 17 ans, Michela Figini s'envole vers la médaille d'or de la descente aux JO de Sarajevo en 1984. [Keystone]

Rendez-vous le 6 février 2022 pour la descente masculine des JO de Pékin, qui permettra de découvrir la nouvelle collection prévue par Swiss-Ski pour ces 24es Jeux d'hiver.