Modifié le 19 février 2018 à 18:11

L'affaire Maza

Alphonse Maza à l'aéroport de Genève le 27 février 1988.
Alphonse Maza à l'aéroport de Genève le 27 février 1988. [RTS]
Le 16 janvier 1987, le requérant d'asile Alphonse Maza, opposant politique zaïrois, était incarcéré à la prison de Champ-Dollon après avoir été expulsé à deux reprises de Suisse. Cette affaire a suscité une large polémique, dans un contexte helvétique marqué par un net durcissement de la politique d'asile et l'existence de relations diplomatiques ambiguës entre la Suisse et le Zaïre de Mobutu.

Les révélations d'un rapport confidentiel

Début 1989, les producteurs de l'émission Tell quel choisissent de remettre l'affaire Maza sur le devant de la scène. Ils ont accédé à un rapport confidentiel émanant de la Commission de gestion du Conseil national, suite à une enquête demandée par une cinquantaine de parlementaires. Grâce aux informations recueillies, des éléments nouveaux, accablants pour les autorités helvétiques, sont apportés à la compréhension de ce dossier sensible.

Les faits

Vivant en Suisse depuis 1972, Alphonse Maza est un opposant au régime de Mobutu. Pourtant les deux demandes d’asile qu’il dépose pour lui et sa famille auprès des autorités helvétiques se soldent par un refus. Malgré la désapprobation du HCR, il est expulsé une première fois vers son pays d’origine en août 1986.

Alphonse Maza en 1987.
Tell Quel - Publié le 17 février 1989

Ayant réussi à revenir en Suisse, Alphonse Maza vit dans la clandestinité. Le Comité suisse pour la défense du droit d’asile, qui le cache, tente d’intercéder en sa faveur. En vain. Le 14 janvier 1987, le Zaïrois est à nouveau arrêté et conduit à l’aéroport. La destination n’est plus le Zaïre, mais le Congo Brazzaville. Cette expulsion va virer au fiasco.

Avion de la compagnie Swissair au décollage.
Tell Quel - Publié le 17 février 1989

Suite à l’échec de son expulsion vers Brazzaville, Alphonse Maza est enfermé à Champ-Dollon, à la demande du délégué aux réfugiés Peter Arbenz. Cette mesure s’avère illégale. Un tel internement, en effet, ne peut se justifier que si le requérant présente une menace pour l’ordre public. Or aucune accusation de ce type n’a jamais été portée à l’encontre de l’opposant zaïrois.

Lorsque l’avocat d’Alphonse Maza annonce qu’il va faire recours auprès du Tribunal fédéral pour déni de justice, le Ministère public de la Confédération réagit et tente de justifier a posteriori les mesures de détention. 

Les voix se multiplient pour réclamer la libération de Maza. Du côté des autorités, que ce soit à Genève ou à Berne, on tente de donner du crédit aux décisions de la justice fédérale.   

Manifestation à Genève en faveur d'Alphonse Maza en 1988.
Tell Quel - Publié le 17 février 1989

L'état genevois cherche à calmer le jeu. En mai 1987, il accorde à Alphonse Maza un régime de semi-détention. Mais après le rejet d’une troisième demande d’asile, la situation de l'opposant paraît dans l’impasse. 

Un compromis sera enfin trouvé au mois de février 1988. Cuba accepte d’accueillir le Zaïrois et sa famille. Le 27 février, ceux-ci quittent définitivement le territoire suisse.

Eclairage

Durant les années 80, la Suisse connaît un afflux sans précédent de requérants d’asile. Si en 1982 encore 70% des demandes sont acceptées, ce chiffre chute à 7% en 1989. Les conditions d’admission deviennent de plus en plus drastiques. Pourtant, il ne fait pas de doute qu’Alphonse Maza est un opposant politique. Son nom figure sur une liste de personnes à surveiller établie par la représentation diplomatique zaïroise à Genève.

L'apparent acharnement dont il a fait l'objet s'explique avant tout par le contexte diplomatique. A l'instar des USA, de la France ou de la Belgique, la Suisse entretient en effet des relations suivies avec le régime de Mobutu. Le dictateur possède une luxueuse villa à Savigny et il a confié une bonne partie de ses avoirs à des banques suisses.

Les autorités helvétiques se doivent donc de ménager la susceptibilité du dirigeant zaïrois. En 1985 déjà, 59 requérants zaïrois avaient été expulsés vers leur pays d'origine avec pour seule garantie de sécurité la parole de Mobutu. Lors d'une de ses visites en Suisse, ce dernier s'était exprimé, non sans un certain cynisme, sur le sujet.

Le dirigeant zaïrois Mobutu en 1985.
Télé journal - Publié le 23 novembre 1985

Il faut également rappeler le cas de Mathieu Musey, autre opposant politique au régime de Mobutu dont la demande d'asile en Suisse avait été refusée. Le 11 janvier 1988, la police avait fait irruption dans la ferme jurassienne où il était caché depuis 9 mois avec sa famille. Lui et les siens avaient été le jour même expulsés vers le Zaïre.

Sophie Meyer pour RTSarchives

Publié le 08 mars 2017 à 10:21 - Modifié le 19 février 2018 à 18:11