RTSsport.ch: Vous nous avez donné rendez-vous à Delémont alors que vous jouez à Thoune, expliquez-nous pourquoi.

SARAH FORSTER: Tout simplement parce que je m’entraîne sur la glace de Delémont avec les garçons en 2e ligue et que c'est ici que j'ai fait mes débuts à l'âge de 4 ans. A l’époque, il n'y avait pas de toit, je jouais par tous les temps, qu'il pleuve ou qu'il neige (sourire). Ensuite, j’ai fait la plupart de mes classes à Porrentruy avant de devoir rejoindre une équipe féminine. Ce n'était pas facile car je m’étais habituée à être la seule fille dans une équipe. Alors vers 16-17 ans, j'ai choisi de rejoindre Lugano tout en terminant mon apprentissage d'employée de commerce.

J’ai à nouveau un rêve à revivre

Sarah Forster
 

RTSsport.ch: Après 2 saisons passées à Neuchâtel, vous avez décidé de rejoindre en 2017 Thoune. Pour quelles raisons?

SARAH FORSTER: J'ai évolué 3 ans avec Lugano suivi d'une échappée de 3 mois en Suède, de décembre 2014 à mars 2015. Avec l'équipe de Linköping, j’ai terminé championne de Suède. Cela a été une expérience incroyable. Je suis ensuite revenue en Suisse où j'ai évolué 2 ans avec Neuchâtel Academy puis Thoune. Pourquoi Thoune? C'est une grande année pour moi, c'est l'année des Jeux olympiques. J'ai à nouveau un rêve à revivre et il me fallait un nouveau challenge.

RTSsport.ch: Vous évoquez le championnat de Suède. Que retirez-vous de cette expérience?

SARAH FORSTER: Niveau hockey, on se rend compte que le championnat suédois est un autre monde. Les structures ne sont pas les mêmes qu'en Suisse, il y a 3 patinoires minimum, une salle de fitness. Il n'y a finalement aucune comparaison. En Suède, les filles vivent de leur sport contrairement à nous en Suisse. Elles font des études également et travaillent 30 à 40% maximum pour pouvoir se consacrer pleinement au hockey.

RTSsport.ch: Après votre médaille de bronze à Sotchi, le regard des gens sur le hockey féminin a-t-il changé?

SARAH FORSTER: Oui, depuis 2014, beaucoup de choses se sont passées. Il y a eu beaucoup de pub pour faire connaître le hockey féminin. Cela a été l’euphorie un peu partout. Je me souviens des mots du président de la fédération suisse de hockey qui m'a dit mot pour mot à l'époque: "Sarah, je te mets à disposition une voiture pour tes déplacements au Tessin". Et bien je l'attends encore. Il y a eu beaucoup de paroles qui n'ont pas été suivies par des actes. Pour notre médaille olympique, on a reçu 1'000 francs suisses par joueuse. Ce n'est même pas comparable avec les hommes. Le hockey est une passion qui demande un gros investissement. Malgré l'aide de mes sponsors, je suis très limite à la fin du mois alors que je travaille à 60%. Pour se faire une idée, une saison avec les déplacements ainsi que l'équipement, me coûte entre 10'000 et 12'000 francs.

Les JO? Je m'y prépare depuis de nombreux mois

Sarah Forster
 

RTSsport.ch: Février rime avec JO en Corée du Sud. Comment vous y êtes-vous préparée?

SARAH FORSTER: C'est un événement qui prend toute la place, l'objectif numéro 1 cette année. Je m'endors et je me réveille en pensant aux JO. Je m'y prépare depuis de nombreux mois déjà car je veux tout faire pour rééditer l'exploit. A Sotchi, nous partions de rien et je pense que beaucoup de gens ont été surpris par notre médaille de bronze. Mais en Corée, je signe tout de suite pour une médaille.

RTSsport.ch: Vous êtes dans le groupe B avec un premier match face au pays hôte (ndlr: samedi dès 13h10 heure suisse)…

SARAH FORSTER: Cela fait des années qu'elles s’entraînent 24h sur 24h. Il ne faudra pas tomber dans le piège. Nous affronterons ensuite le Japon et la Suède, une équipe que l'on connaît. Les Suédoises ont toujours une facture ouverte contre nous puisqu'on les a battues à Sotchi pour le bronze.  Ce sera important de terminer à l'une des 2 premières places, qualificatives pour les quarts de finale.

RTSsport.ch: Vous n'avez que 24 ans et vous êtes qualifiée pour vos 2es JO, quelles émotions cela vous procure-t-il?

SARAH FORSTER: J'ai beaucoup grandi. Il y a 4 ans, j'étais jeune, je réfléchissais peut-être moins. A 24 ans, les responsabilités sont différentes, le job n'est plus le même. C'est nous qui devons faire avancer les chars et non le contraire. La préparation est différente aussi. J'ai choisi de travailler à 60% pour mettre toutes les chances de mon côté et j'ai fait appel à un coach mental. Je suis quelqu'un qui déborde d’énergie et qui veut tout bien faire. J'essaie de me concentrer sur mon jeu et mes qualités et de ne pas penser trop loin.

Delémont, Floriane Galaud - @FlorianeGalaud

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