Emotions, moments forts, images inoubliables et records du monde
battus. Les Jeux olympiques de Pékin ont été "exceptionnels" comme
l'a affirmé le président du CIO Jacques Rogge. La fête a été
somptueuse; les meilleurs athlètes en ont mis plein la vue. Trop, à
l'image de la cérémonie d'ouverture qui a comporté de nombreux
trucages (playback et feux d'artifice)?





Gérald Gremion, spécialiste en médecine sportive au CHUV de
Lausanne, partage ses doutes et ses interrogations quant à
certaines performances. Pour le docteur, responsable du centre
médical "Swiss Olympic" de Lausanne, "le rêve olympique est brisé".
Le ton est donné.

"Il y a des éléments qui me choquent"

La Chinoise Kexin aurait 14 ans, selon des médias chinois. tsrsport.ch: Les Jeux
de Pékin ont été marqués par un nombre très important de records du
monde. Physiologiquement parlant, est-ce possible pour les athlètes
d'être toujours plus rapides et de récupérer quasi
instantanément?





GERALD GREMION: Si on a des aides à la
récupération, je pense qu'on y arrive. Il faut tout de même
préciser que sur 100m ou 200m en athlétisme ce n'est pas aussi dur
en termes de performances qu'au tennis, par exemple, où il faut
assurer 5 ou 6 matches en une semaine. Pour les sprinters, il y a
plus d'efforts au niveau stress qu'au niveau physique.





tsrsport.ch: Michael Phelps a remporté 8 titres
olympiques dans le "cube d'eau" et disputé un très grand nombre de
séries.





GERALD GREMION: C'est sûr que l'Américain a subi
une grosse charge. Cet athlète peut nager 30km par jour à
l'entraînement. Le fait d'effectuer de lourdes séances permet de
relativiser un peu les charges en compétition. Les hockeyeurs de
l'équipe de Russie disaient souvent que les entraînements étaient
plus durs que les matches. Plus on souffre à l'entraînement, mieux
on peut se porter en compétition. Encore faut-il être capable de
supporter de grosses charges dues l'entraînement.





Il y a quand même des éléments qui me choquent. Par exemple, en
gymnastique artistique avec des Chinoises qui ressemblent à des
gamines de 10 ans sur le plan physiologique... On interdit à ces
jeunes Chinoises de manger le soir de peur qu'elles prennent trop
de poids. C'est inadmissible. C'est la destruction de ces
filles!

"Les Jeux olympiques n'ont plus leur raison d'être"

Phelps et Bolt ont marqué de leur empreinte les JO de Pékin. tsrsport.ch: De ce point
de vue, les Jeux olympiques font donc fausse route?





GERALD GREMION: Personnellement, je suis de plus
en plus persuadé que les Jeux olympiques n'ont plus leur raison
d'être, dans la mesure où le sport est pris en otage par certains
pays qui peuvent par ce biais exercer et renforcer leur propagande.
Le rêve olympique est brisé à mes yeux.





tsrsport.ch: Usain Bolt a écrasé toute la
concurrence sur 100 et 200m. On a constaté qu'il est moins musclé
que ses rivaux.





GERALD GREMION: On peut modifier l'aspect
physique avec des facteurs de croissance. Rappelez-vous Ben Jonhson
et Florence Griffith-Joyner et regardez leur évolution entre les
Jeux de Los Angeles 1984 et ceux de Séoul 1988. C'est tout
bonnement incroyable.





Il est sans doute possible d'utiliser des facteurs de croissance
qui, utilisés pendant de nombreuses années, vont modifier l'aspect
physique sans que ce type de traitement puisse être détecté. Un
autre exemple est celui de Lance Armstrong. En comparant son aspect
physique d'avant son traitement du cancer - au fait a-t-il
réellement souffert d'un cancer? - avec celui de sa reprise de la
compétition, on peut remarquer que sa morphologie est totalement
différente.

"Hormones de croissance indétectables"

tsrsport.ch: Donc les tricheurs auront toujours
un train d'avance sur les spécialistes de la guerre
antidopage?





GERALD GREMION: En tout cas actuellement pour ce
qui concerne les facteurs de croissance. Attention, je ne dis pas
que Usain Bolt ou Michael Phelps ont eu recours à des hormones de
croissance. Je fais simplement part de mes doutes.





tsrsport.ch: On en arrive à un point où chaque
performance est mise en doute.





GERALD GREMION: C'est entre autres pour ça que je
dis que le système des Jeux olympiques n'a plus sa raison d'être.
La chaîne NBC a payé des milliards pour obtenir la diffusion des
épreuves de natation en "prime time" aux USA. C'est évident qu'on
est un peu plus indulgent avec Michael Phelps et l'équipe
américaine qu'avec d'autres athlètes.

Le courrier de Roger Federer

tsrsport.ch: N'êtes-vous pas surpris du nombre
peu élevé de tests positifs à Pékin?





GERALD GREMION: Non, parce que les contrôles
positifs n'ont pas forcément lieu pendant la compétition mais
pendant la préparation. D'où l'intérêt d'avoir un programme de
préparation antidopage sur une année. En Suisse et en France, ces
programmes existent. Je ne suis pas sûr que ce soit le cas dans les
autres pays.





Fabian Cancellara a été contrôlé 17 fois sur une année par Swiss
Olympic. Roger Federer a été testé un nombre de fois incroyable. Je
crois même qu'il a écrit une lettre à Swiss Olympic pour se
plaindre d'être dérangé le soir les rares fois qu'il est chez
lui.

"Le corps humain n'a pas de limite sur le court terme"

tsrsport.ch: A voir l'évolution du sport, il
semble que le corps humain n'ait pas de limite...





GERALD GREMION: Oui, sur le court terme. Il faut
se rendre compte que des sportifs ont le risque de vieillir de
manière prématurée. On peut tirer sur la machine un certain temps
mais il est difficile de savoir combien de temps elle va
résister.





tsrsport.ch: Dopage reflet de la société, vu
qu'il est aussi présent chez les "populaires"?





GERALD GREMION: Bien sûr. Je pense que le dopage
existe depuis longtemps pour certains sportifs du dimanche. Mais
ils n'ont pas recours au dopage des grands, qui coûte des sommes
astronomiques.





propos recueillis par Miguel Bao