Le Sud-Africain Oscar Pistorius, le "Blade Runner" aux jambes mi-humaines mi-artificielles, a une nouvelle fois déplacé les frontières du sport en étant sélectionné mercredi pour les jeux Olympiques, une première pour un athlète paralympique. Il faut dire que le Sud-Africain de 25 ans au sourire charmeur, retenu sur 400 m et 4x400 m, a dû se battre, en piste et hors piste, pour arriver jusque-là.


Certains restent persuadés que si ses lames en carbone en forme de pattes de félin le désavantagent au départ, elles lui confèrent un certain avantage sur la deuxième moitié du tour de piste, comme l'avait avancé la Fédération internationale d'athlétisme (IAAF) en 2008 pour mettre son veto à la participation de Pistorius aux compétitions sous son mandat.


Pas d'avantage prouvé

Pistorius, rodé à ces interrogations, y répond point par point. Non, ses prothèses fabriquées spécialement pour les athlètes amputés ne dégagent pas une puissance positive à chaque rebond ni n'absorbent la puissance négative, elles sont "des ressorts élastiques passifs".


Pistorius court avec le même modèle de prothèses depuis 1996. [URS FLUEELER - Keystone]Pistorius court avec le même modèle de prothèses depuis 1996. [URS FLUEELER - Keystone]Non, elles ne lui permettent pas de faire des foulées plus longues, ni de se fatiguer moins, ou d'économiser en énergie métabolique. Et non, l'amélioration de son record personnel de près d'une demi-seconde en 2011 (45"07) n'est en rien liée à un gain technologique.


"Il y a eu plus de 30'000 paires de ces prothèses fabriquées depuis que je les utilise en 1996, et il n'y a pas eu un seul autre athlète à courir en moins de 50 secondes le 400 m", a déclaré Pistorius. "En ce qui me concerne, le débat est clos", a-t-il ajouté, assurant utiliser le même type de prothèses "les Cheetahs" depuis 2004.


JO puis Jeux paralympiques

Mais c'est bien par manque de preuves scientifiques sur un avantage global net que le Tribunal arbitral du sport (TAS) avait déjugé l'IAAF en 2008. Personne n'oserait avancer que Pistorius est un tricheur. Si l'histoire du sport rapporte quelques cas d'hommes s'étant fait passer pour des femmes, aucun athlète ne s'est encore coupé les deux jambes pour tenter de gagner une médaille. Parce qu'il était né sans péronés, ses parents ont dû se résoudre à le faire amputer sous les genoux à l'âge de 11 mois.


Ce passionné de vitesse s'est construit par le sport. Il a viré vers l'athlétisme à 16 ans et, en quelques années, est devenu "Bladerunner" (le coureur aux lames), icône de l'handisport, couronné de quatre médailles d'or paralympiques, dont trois à Pékin en 2008. Il concourra d'ailleurs encore sur 100 m, 200 m, 400 m et 4x100 m aux Jeux paralympiques de Londres (29 août - 9 septembre).


Mais son rêve était bien de disputer les jeux Olympiques dans la capitale britannique. Il deviendra réalité dans un mois.


ap/adav