Claude Nougaro est vivant. Plus que de son vivant. Il devait en être ainsi.
Disparu le 4 mars 2004, il laisse derrière lui une œuvre immense et profondément moderne et populaire. Plus que les acteurs de la trilogie des 3 B "Brel, Brassens, Barbara", dont on dit encore aujourd’hui qu’ils incarnent les classiques de notre chanson française, Claude Nougaro doit être rapproché d’un autre monument de la chanson: Serge Gainsbourg.
Pourquoi? Parce qu’à l’identique de l’homme à la tête de chou, Nougaro a inconsciemment offert à la chanson d’être un véhicule de la modernité. Un reflet des époques qu’il a traversées en bousculant les schémas classiques, en cherchant à explorer de nouvelles pistes, en portant ses projets dans le sens toujours réussi du mouvement.
Et si notre chanson hexagonale existe encore si fortement aujourd’hui, c’est bien parce qu’elle a su se remettre en question, assumer ses racines, tendre des passerelles entre les genres musicaux, incarner plus que toutes les autres chansons la musique qui accueille les musiques du monde.
Mais aussi et avant tout, en offrant à cette chanson une vraie légitimité qui vient du mot, de cette langue française dont on a dit si souvent qu’elle ne résonnait pas.
Nougaro est bien "la voix royale" comme l’a écrit son ami et biographe Christian Laborde, une voix singulière, puissante, rythmique, tellurique qui trouve toute sa saveur dans son entreprise de séduction permanente avec la langue.
Les ambassadeurs de la nouvelle scène française qui aujourd’hui fédèrent un nouveau et très large public se réclament de cette école. Une chanson qui creuse le sillon de la langue française, une chanson qui est consciente de ses fondations, une chanson apatride, une chanson sans style (contrairement aux yéyés, à la nouvelle chanson française des années 70, au rap etc.), une chanson qui s’exprime d’abord et avant tout sur scène.
Est-ce donc un hasard si aujourd’hui lors de la cérémonie du prix Constantin qui célèbre les nouveaux héros de cette nouvelle scène beaucoup d’artistes (Jeanne Cherhal, Daniel Darc…) se sont vus reprendre les chansons de Claude Nougaro.
Est-ce aussi un hasard si au lendemain de sa mort, Kool Shen du groupe NTM, Zebda, Art Mengo, Juliette, Olivia Ruiz, Sanséverino, M.C Solaar et tant d’autres ont salué l’artiste avec la même importance que lorsque la jeune génération avait déjà rendu hommage à Serge Gainsbourg à l’heure de sa disparition. Et chaque jour qui passe un nouveau groupe de cette scène alternative intègre dans ses prestations une chanson de Nougaro.
Un artiste moderne est un artiste visionnaire. Nougaro l’a été d’une certaine manière jusque dans sa mort. Il est revenu aux sources de sa vie de créateur et de poète avant même qu’il soit à bout de souffle.