Dans son bureau de l'Antwerp World Diamond Center (AWDC) Caroline de Wolf suit l'évolution de l'enquête par presse interposée. Caroline travaille au coeur du quartier des diamantaires d'Anvers et évoque la rue hypersécurisée, les caméras, les 1800 sociétés de diamantaires qui y sont installées.
Pour les braqueurs, cette rue magique est une forteresse imprenable. Mais avec de bons informateurs tout devient possible. Caroline explique le trajet habituel des diamants et les convois escortés vers l'aéroport de Bruxelles Zaventem.
Ce 18 février, tout se déroule selon la procédure habituelle jusqu'à 19h45. A ce moment-là, les employés de la Brinks qui transfèrent les diamants dans un appareil d'Helvetic Airways voient arriver vers eux quatre girophares allumés. Ils croient avoir affaire à des policiers. En fait, ce sont les braqueurs. Ils sont passés par un poste en chantier et ont cisaillé les clôtures de sécurité. Sans un coup de feu, ils embarquent 120 coffrets de diamants. Un de leur véhicules, carbonisé, sera retrouvé dans un village environnant.
40 interpellations
Pendant plus de deux mois, l'affaire disparaît des pages des journaux, mais la police travaille. Et plutôt bien. Le 7 mai, dans une action coordonnée entre la Belgique, la France et la Suisse, elle passe à l'action.
40 personnes sont interpellées en quelques heures. La plupart d'entre elles sont relâchées assez rapidement. A Genève, deux individus restent sous les verrous.
Les deux hommes se connaissent bien. L'un est avocat, le second est homme d'affaires, suisse d'origine valaisanne et spécialisé dans l'immobilier. On l'appelle Monsieur P. Apparemment, c'est lui qui risque le plus gros dans cette affaire. La police a découvert en soirée dans sa cave à porte sécurisée du quartier de Champel un gros paquet de diamants issus tout droit du braquage de Zaventem et 100'000 francs en cash.
Diamants à la cave
La police est étonnée: les diamants ne sont pas spécialement protégés, même pas cachés. Les pierres se trouvent dans un banal sac cartonné et plastifié d'une boutique de prêt à porter. Pour son avocat Maître Sharam Dini, cet accusé a été victime d'une connaissance rencontrée au Maroc, d'un manipulateur beau parleur: Marc B.
Décrit comme un flambeur, cet homme est arrêté en Lorraine, dans la région de Metz, alors qu'il rend une visite surprise à sa mère. Son interpellation est minutieusement préparée avec les services français.
En fait, la police repère Marc B. début mars déjà alors qu'il rend visite à ses connaissances genevoises. Ce petit monde ne se sent pas surveillé mais les enquêteurs ne les lâchent plus. Une source de l'enquête précise: "on n'était pas forcément pressé. Il fallait que l'on arrive à savoir si le butin était tout ou partie à Genève".
Entretemps, des infos apparaissent dans la presse belge: les braqueurs pensaient tomber sur du cash et auraient été surpris du butin en diamants. D'où un certain amateurisme pour écouler la marchandise. A Genève, les enquêteurs parlent de la difficulté pour les braqueurs d'écouler les diamants.
Personne ne croit vraiment à cette thèse et dans son bureau du quartier des diamantaires d'Anvers, Caroline de Wolf attend la suite. Un coup de fil de la police belge ou peut-être une photo des diamants retrouvés et dont on ignore toujours la valeur. Le monde obscur des diamantaires se heurte au monde secret de la justice