Immersion à l’hôpital d’Yverdon où le chef de clinique Tony Tai est de piquet pour le week-end. C'est une fin de semaine d’enfer pour le jeune homme de 29 ans. Arrivé à 9h le samedi matin, il repart à 22h, avant d’être réveillé à 3h du matin pour une urgence. Un homme de 73 ans a fait un arrêt cardiaque, Toni est retenu à l’hôpital jusqu’à 8h30.
D’imprévus en imprévus, il ne ressort de l’hôpital qu’à 17h. Il vient de terminer une semaine de travail. Lundi, il retourne à l’hôpital, comme s’il avait eu un week-end de congé. Au total, dix jours de travail consécutifs au rythme de 10 à 12 heures par jour en semaine puis 27 heures accumulées le week-end...
Beaucoup de médecins connaissent ce type d’horaires, qui sont pourtant contraires à la loi sur le travail, sensée être appliquée aux médecins assistants et chefs de clinique depuis 2005. Une CCT existe également depuis 2003 dans le canton de Vaud.
"Nous n’avons pas le temps de nous défendre, affirme un médecin assistant qui croule sous les heures supplémentaires dans un hôpital périphérique de Suisse romande. Et nous ne voulons pas compromettre notre carrière, car un médecin qui ne compte pas ses heures est considéré comme un bon médecin."
Les conditions de travail des médecins posent la question de leur efficacité mais aussi de leur fidélisation au monde hospitalier qui vit de plein fouet la pénurie de médecins, qui s’annonce de plus en plus vive durant les années à venir.
Pour Jacqueline Torgler, une des médecins responsables de REMED (Réseau de soutien pour médecin), la médecine est une profession à risque. Burn Out, dépression et suicide n’épargnent pas les médecins. Pour venir en aide aux professionnels en difficulté, la FMH a mis sur pied en 2007 une ligne téléphonique, mais ils sont peu nombreux à demander de l’aide.
Un reportage de Valérie Kernen, réalisé par Jean-Daniel Mottet et présenté par Muriel Mérat.