Politique de sécurité 2010: pas de révolution
28.06.2010 11:11Entretemps, défenseurs d'une neutralité stricte avec une armée
traditionnelle et partisans des réformes et de l'ouverture vers
l'étranger n'ont cessé de croiser le fer. Le document présenté jeudi
, porté semble-t-il par
le souci ne ménager la chèvre et le chou, ne penche ni dans un sens
ni dans l'autre.
Le rapport n'a pas de sous-titre spécifique alors que le précédent
portait le label "la sécurité par la coopération". Selon le
gouvernement, cela "ne constitue en aucun cas un refus de la
coopération". Il s'agit plutôt de se concentrer "sur des objectifs
réels que sur des symboles". Il n'est pas question non plus de
poser les bases d'une réforme mais de donner des impulsions à une
armée en pleine mutation.
Etendre la promotion de la paix
Pour ce qui est des interventions à l'étranger, le rapport souligne que le but reste d'augmenter les effectifs destinés à la promotion militaire de la paix. Mais dans le même temps, il souligne qu'il sera difficile d'étendre quantitativement la participation helvétique et plaide pour un renforcement qualitatif.
Evoquant le rapport, Ueli Maurer a parlé d'"un
compromis typiquement suisse". [Reuters]
Chaque
participation doit en outre être défendable sur le plan de la
politique intérieure. Le Conseil fédéral prévoit de se focaliser
sur certains domaines: transport aérien, prestations logistiques,
transport terrestre ou dans les affaires sanitaires et le
renseignement.
Une adhésion à l'OTAN exclue
La neutralité permanente et armée doit être maintenue. Mais elle
"n'empêche nullement une coopération générale". L'adhésion à une
alliance militaire comme l'OTAN reste exclue, la participation au
Partenariat pour la paix n'en étant "en aucun cas l'antichambre".
Un accord-cadre avec l'Union européenne pour les engagements de
promotion de la paix est mis en avant.
Côté défense nationale, une attaque militaire est toujours donnée
comme improbable actuellement mais pas totalement exclue à long
terme. L'armée doit donc conserver les capacités nécessaires
(minimum quantitatif, bon niveau qualitatif) pour rebondir le cas
échéant. Pas question toutefois d'élaborer à ce stade un concept de
montée en puissance détaillé. Le gouvernement préfère que l'armée
lui soumette chaque année une évaluation de la situation.
Notion de "sûreté sectorielle" supprimée
La notion de sûreté sectorielle, jugée peu claire, est supprimée. Le rapport préfère préciser que les engagements de l'armée sur le sol national doivent toujours être de nature subsidiaire, sauf en cas d'agression militaire.
Le CF ne prévoit pas de toucher à l'obligation de
servir, pourtant désavouée. [Keystone]
Les milieux
intéressés auront une nouvelle fois l'occasion de s'exprimer lors
d'une audition, avant que le Conseil fédéral n'adopte en juin le
rapport définitif et le transmette au parlement qui en débattra. Le
gouvernement recevra parallèlement des mains d'Ueli Maurer un
rapport spécifique sur l'armée ainsi qu'une note de discussion
détaillée sur le remplacement de la flotte des avions de combat
Tiger.
Les menaces évoluent
Concernant la menace, de l'eau a coulé sous les ponts depuis le
dernier rapport : mondialisation, attentats d'Al Qaïda, guerres en
Afghanistan, en Irak et en Géorgie. Mais, pour la Suisse "la
situation n'a pas foncièrement changé". Le rapport traite désormais
aussi de la politique de sécurité des cantons et des
communes.
Leur collaboration avec la Confédération ainsi qu'avec les régions
étrangères limitrophes devrait être renforcée par la mise sur pied
d'un réseau national de sécurité, un mécanisme de consultation et
de coordination.
Toujours pas de nouveaux avions
L'achat de nouveaux avions de combat pour remplacer la flotte
des Tiger reste en suspens. "Il n'a pas été reporté", a déclaré
jeudi en conférence de presse le ministre de la défense Ueli
Maurer, assurant qu'il tenait personnellement à ces
acquisitions.
Le gouvernement devrait en discuter en juin, a précisé le
conseiller fédéral. En mars, il a décidé qu'il voulait mener cette
affaire parallèlement au rapport sur l'armée et à la version
définitive du rapport sur la politique de sécurité. "Je veux un
nouvel avion, mais j'ai besoin de plus d'argent", a répété Ueli
Maurer.
Or, l'on sait entretemps que l'achat de 22 nouveaux appareils ne
coûtera pas 2,2 milliards comme prévu mais entre 3,5 et 5 milliards
de francs, a-t-il détaillé. L'achat de nouveaux avions de combat
(Rafale, Gripen ou Eurofighter) a déjà fait couler beaucoup
d'encre. Ueli Maurer souhaite le reporter, mais le Conseil fédéral
n'a pour l'instant pas cédé à sa demande. Cette acquisition ne
devrait apparaître au plus tôt qu'au programme 2011.
ats/bkel