Séisme politique à Berne: les réactions
28.06.2010 11:06L'UDC a droit à deux sièges au Conseil fédéral, ont répété durant toute la journée les ténors du PS, du PDC et du PRD. Mais elle doit accepter que ce soit le Parlement qui choisisse les élus et non elle (voir la galerie photo).
Contrastant avec l'amertume de l'UDC, les socialistes, les écologistes et la plupart des démocrates-chrétiens n'ont pas boudé leur joie. Ils ont même salué l'éviction de Christoph Blocher en hurlant et en se mettant debout les bras levés. Au micro des télévisions, ces trois formations se sont surtout félicitées du succès de leur stratégie.
Une page d'Histoire
Au PDC, la joie était évidemment de mise. Son président
Christophe Darbellay s'est dit persuadé que "le Parlement suisse a
écrit aujourd'hui l'Histoire. C'est un réveil républicain, dans le
bon sens du terme". "C'est la première fois depuis 20 ans que l'UDC
est mise en échec et que nous avons une stratégie d'avance", a-t-il
ajouté.
Pour le vice-président du parti Dominique de Buman, ce vote
exprime un "sentiment de ras-le-bol vis-à-vis de toutes les
atteintes portées à la démocratie. Je n'ai jamais caché mon
opposition au comportement de Monsieur Blocher au gouvernement. Au
sein de mon parti, où il y a une certaine sympathie pour Blocher,
l'adhésion massive à l'élection de Madame Widmer-Schlumpf a été
massive. C'est aussi une victoire du parlement, au-delà des
partis."
Un pays magnifique
Pour Christian Levrat, candidat à la présidence du PS, si
Eveline Widmer-Schlumpf refuse son élection et que l'UDC ne
présente pas d'alternative à Christoph Blocher, les socialistes
éliront alors le PDC Urs Schwaller.
"Je n'ai pas du tout peur d'une UDC dans l'opposition", a assuré
le président actuel Hans-Jürg Fehr. "Le processus démocratique sera
différent, mais l'UDC pourra lancer des initiatives lorsqu'elle
sera mise en minorité." "Christoph Blocher défend une politique
asociale, veut démonter la politique sociale, et hostile aux
étrangers, a encore critiqué le Zurichois.
La Vaudoise Géraldine Savary a également savouré le moment: "On
vit dans un pays magnifique qui réussit des coups de théâtre qui
correspondent aussi à des positions politiques. Le PDC a trouvé une
identité, il a réussi à être ferme sur ses positions. C'est un acte
politique assez admirable d'avoir à la fois une stabilité en
respectant la concordance et en manifestant qu'une personne au
Conseil fédéral ne respecte pas les règles communes."
Je n'ai pas du tout peur d'une UDC dans l'opposition
Le réveil du pays
La présidente des Verts Ruth Genner juge elle que le Parlement a
donné un signal clair de défiance à l'égard de Christoph Blocher.
Le Vaudois Luc Recordon admet que la fin a justifié les moyens. "Je
crois que c'était une stratégie paradoxale, pour réveiller le pays
tétanisé par les élections fédérales. Notre rôle de bouclier et de
catalyseur a fonctionné. Un bouclier qu'on a soulevé le plus tard
possible."
Le Vaudois Daniel Brélaz y voit pour sa part "une réaction à un
système qui a viré des commissions les gens qui dérangeaient et
d'un conseiller fédéral qui est en même temps chef de parti".
"Blocher est un homme extrêmement nuisible pour notre pays et nos
institutions", a renchéri le Genevois Robert Cramer. "Le carton
jaune que Blocher a reçu à plusieurs reprises s'est transformé
aujourd'hui en carton rouge", a conclu le Genevois Ueli
Leuenberger.
Une révolution
Pour Fulvio Pelli, la Suisse a assisté à une petite révolution. Le président du PRD a appelé les démocrates du centre à la raison: "En tant que premier parti de Suisse, l'UDC doit en finir avec les provocations. C'est d'ailleurs celles-ci qui ont entraîné la défaite de Christoph Blocher. L'UDC ne peut s'en prendre qu'à elle-même", estime-t-il.
Pour le conseiller d'Etat vaudois Pascal Broulis, Eveline
Widmer-Schlumpf est une collègue ouverte à la discussion. Il s'est
dit "sur la même longueur d'ondes" que la Grisonne.
agences/boi