Modifié le 16 mai 2018

"Les jeux d'argent ne relèvent pas du commerce ordinaire"

Jean-Luc Moner-Banet, directeur général de la Loterie Romande, président de la World Lotery Association.
L'invité-e de Romain Clivaz L'invité-e de Romain Clivaz / 10 min. / le 16 mai 2018
"Le marché des jeux doit être régulé au profit de l'utilité publique", défend le directeur de la Loterie Romande Jean-Luc Moner-Banet. Ce dernier revient aussi sur le lobbyisme de la Loro au cours de la campagne sur la loi sur les jeux d'argent.

Le texte soumis au vote le 10 juin reprend en grande partie le système actuel: des exploitants en Suisse, comme les casinos et les loteries, versent de l'argent en faveur de l'AVS et financent des actions d'intérêt public.

Mais une des mesures est contestée: le blocage de l'accès à des sites internet étrangers de jeux interdits en Suisse.

"Je ne veux pas bloquer de sites, je veux tout simplement que le marché des jeux d'argent soit régulé au profit de l'utilité publique", souligne Jean-Luc Moner-Banet, patron de la Loterie Romande (Loro), invité mercredi de La Matinale de la RTS.

"Les jeux d'argent ne relèvent pas du commerce ordinaire. Ils portent en eux des dangers qui doivent être pris en compte", poursuit-il.

"Utilité publique"

A ses yeux, "cette nouvelle loi est logique, elle ne peut pas imposer aux loteries et aux casinos des obligations très strictes tout en laissant internet ouvert à tous les vents". Il rappelle que la population avait accepté en 2012 à 87% "de passer les jeux sous le signe de l'utilité publique tout en protégeant la population".

La Loterie Romande craint-elle une chute de l'argent qu'elle redistribue, dans les domaines du sport et de la culture notamment? "La Loro fait 8% de son chiffre d'affaires via sa plateforme internet. Cette partie de notre chiffre d'affaires augmente de 15 à 20% par année. Si rien n'est fait pour bloquer l'offre illégale, à moyen terme, nous aurons perdu 50% de notre bénéfice", répond Jean-Luc Moner-Banet.

>> L'interview de Johanna Gapany (PLR/FR), opposante au texte, dans La Matinale de mardi: "Censure" sur Internet et protection des casinos dénoncées

Propos recueillis par Romain Clivaz

Adaptation web: Jessica Vial

Publié le 16 mai 2018 - Modifié le 16 mai 2018

Un vol en hélicoptère pour convaincre

La Loterie Romande a mis les moyens dans la campagne en faveur de la loi sur les jeux d'argent, notamment en offrant une escapade à des élus fédéraux durant la Patrouille des glaciers en avril dernier. Parmi les participants, qui se sont vu offrir un vol en hélicoptère, le PDC vaudois Claude Béglé.

La Loro a confirmé à la RTS que 12 personnes ont bénéficié de "packs VIP" qu'elle reçoit en tant que sponsor, sans préciser combien il y avait de politiciens ni la valeur de l'escapade.

Les explications d'Alexandra Richard dans La Matinale:


Interrogé dans La Matinale, Jean-Luc Moner-Banet souligne que "la Loro et Swisslos sont parmi les plus grands donateurs du sport et de la culture. Il est important de faire connaître la réalité de ses dons".

"Le prix de ces grandes manifestations - comme la Patrouille des glaciers, ou dans le domaine de la culture, le Montreux Jazz ou le Festival du film de Locarno – sont tout à fait connus, publics. La Loterie Romande ne bénéficie pas d’un quelconque traitement de faveur," insiste-t-il.

Interrogé sur le montant du vol offert à Claude Béglé, il a toutefois botté en touche.