Modifié le 13 février 2018

"Ma liberté a été entravée" en Suisse, dit la journaliste kurde Hülya Emeç

La journaliste kurde Hülya Emeç dans les studios de la RTS à Zurich.
Libération de la journaliste kurde détenue à l'aéroport de Zurich Forum / 3 min. / le 13 février 2018
Libérée de prison mardi après 29 jours de détention administrative à Kloten, la journaliste kurde Hülya Emeç s'est confiée à la RTS. Elle voit l'évolution des libertés en Turquie avec beaucoup d'inquiétude.

La jeune femme, condamnée à la prison en Turquie, avait fui son pays en janvier dernier. Après un long périple via le Brésil, elle avait demandé l'asile en Suisse. Mais les autorités n'étaient pas entrées en matière jusqu'à ce que le Tribunal administratif fédéral demande un réexamen du dossier.

>> Lire: La justice suisse casse la décision de renvoi d'une journaliste vers le Brésil

"Ma liberté était menacée en Turquie et ici, à mon arrivée, ma liberté a aussi été entravée", souligne-t-elle d'emblée après un voyage et des jours de détention à l'aéroport de Zurich vécus péniblement.

J'espère que cela va aller mieux pour moi ici.

Hülya Emeç

"Aujourd'hui, c'est une journée ensoleillée, mais comment je me sens? Je ne sais pas. Je suis contente d'avoir pu quitter l'aéroport mais - d'un autre côté - j'ai tout laissé derrière moi en Turquie, toute ma vie. Je sais que la Suisse est un pays démocratique, que Zurich est une belle ville. J'espère que cela va aller mieux pour moi ici."

En Turquie, Hülya Emeç a travaillé pour des médias kurdes qui ont été fermés par Ankara. Elle-même a été condamnée à sept ans et demi de prison, officiellement pour "liens avec des organisations terroristes". Il s'agit d'un motif d'incarcération utilisé régulièrement contre les journalistes, en particulier dans le contexte de l'état d'urgence en vigueur depuis la tentative de putsch de 2016.

Nous n'avons fait qu'écrire la vérité sur ce qui se passe politiquement.

Hülya Emeç

"En Turquie", explique-t-elle, "la situation des médias est la suivante: il y a les gros médias qui sont directement en lien avec le gouvernement. Nous, nous sommes des médias d'opposition. Et pour cela, on nous met sous pression, en particulier les médias kurdes. Nous n'avons fait qu'écrire la vérité sur ce qui se passe politiquement dans le pays, les atteintes à la démocratie. Et pour cela, nous sommes une cible de la police, parfois de façon violente. Nos caméras ont déjà été cassées, par exemple et on nous poursuit pour terrorisme."

La situation est devenue si dangereuse pour tant de personnes.

Hülya Emeç

La journaliste voit l'évolution des libertés en Turquie avec beaucoup d'inquiétude depuis le tournant de 2016. "Ce ne sont pas les seuls journalistes qui sont inquiétés en Turquie aujourd'hui mais également une multitude d'autres représentants de l'opposition", tient-elle à préciser. "Des ONG défendant les droits humains, des organisations de juristes ont été interdites. Même de simples citoyens, même sur les réseaux sociaux - par exemple si un simple citoyen écrit quelque chose de critique sur le gouvernement sur Facebook. Pour cela, des centaines de personnes ont été condamnées. La situation est devenue si dangereuse pour tant de personnes."

Face à cette situation, il est important que la Suisse et les autres pays d'Europe agissent, dit encore Hülya Emeç.

Séverine Ambrus/oang

Publié le 13 février 2018 - Modifié le 13 février 2018