Modifié le 16 mars 2017

Non, un joint au cannabis CBD n'est pas plus puissant qu'un Temesta

Le CBD, cannabis légal, est vendu en kiosque.
Le CBD, cannabis légal, est vendu en kiosque. [Jean-Marc Aellen - RTS ]
Imprécisions, exagérations ou affirmations fausses, RTSinfo revient sur le débat d'Infrarouge consacré mercredi soir au cannabis CBD, qui fait le buzz en Suisse. Avec moins de 1% de THC, ce chanvre est totalement légal.

- Le cannabis "plus puissant" qu'un Temesta?

Un joint légal ne serait-il pas une meilleure alternative à la prise d'un puissant médicament pour lutter contre les insomnies? A cette question, Eric Bertinat, secrétaire général de l'UDC Genève, a répondu: "Celui qui prend un Temesta, il peut aller travailler le lendemain. Il a peut-être la tête dans de la ouate, mais il prend un café et il travaille. Le cannabis est quelque chose d'infiniment plus puissant".

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Info - Publié le 16 mars 2017
 

Son affirmation est fausse, souligne la cheffe du département de toxicologie des HUG, Barbara Broers. "Tout effet de psychotropes dépend de plusieurs facteurs: les propriétés de la substance, le dosage, et la tolérance de la personne. Un joint au coucher avec une petite quantité de THC (la molécule responsable de l'effet psychotrope, ndlr) n'a en principe pas d'effet le lendemain. Un Temesta a lui des effets, notamment sédatifs, qui peuvent durer plus longtemps", explique la spécialiste. La demi-vie de son principe actif est comprise entre 10 et 20 heures, c'est-à-dire que la moitié d'un Temesta pris le soir agira toujours dans le sang de la personne à son réveil.

Selon Barbara Broers, un joint avec une dose classique de THC aura également un effet plus bref qu'un Temesta, médicament délivré sur ordonnance dont il faut "se méfier des effets à long terme". "Même si le THC peut rester détectable plusieurs jours dans les urines des consommateurs, il n'y aura plus d'effet psychologique après la nuit", précise-t-elle. Il est très maladroit d'essayer de comparer leur "puissance", ajoute la médecin, qui regrette "les nombreuses fausses idées qui circulent sur les substances psychoactives".

- Réglementer le marché du cannabis: des milliards pour l'AVS?

Toujours lors du débat d'Infrarouge, le chanvrier Bernard Rappaz a plaidé pour une réglementation du marché du cannabis classique. Celle-ci rapporterait "un milliard et demi de taxe pour l'AVS par année".

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Info - Publié le 16 mars 2017
 

Le chiffre avancé par Bernard Rappaz est largement exagéré. Selon une estimation de la police fédérale réalisée en 2011, publiée par le Groupement romand d'études des addictions, le total des ventes sur le marché noir du cannabis en Suisse représentent entre 245 et 418 millions de francs. Ce chiffre d'affaires annuel potentiel est donc déjà largement inférieur au gain pour l'Etat annoncé par Bernard Rappaz.

En appliquant à ces estimations un taux similaire à l'impôt sur le tabac (53% du prix du paquet en 2016), les recettes pour l'AVS se situeraient entre 130 et 220 millions. Un gain conséquent pour l'Etat, mais au moins 6 fois plus petit que les 1,5 milliard avancé par le chanvrier. Son estimation reste exagérée même en imaginant une hausse substantielle du prix du cannabis. Pour rappel, l'impôt sur le tabac collecté sur la vente de cigarettes rapporte aux caisses de l'AVS environ 2 milliards de francs par an.

- Le taux de THC a-t-il explosé?

En fin de débat, Eric Bertinat, secrétaire général de l'UDC Genève, a mis en garde contre l'augmentation du taux de THC: "Le cannabis a un taux de THC qui a explosé en 20 ans. Il était de quelques pour cent dans les années 1980, maintenant on est hardiment au-dessus des 20%".

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Info - Publié le 16 mars 2017
 

Son affirmation est partiellement vraie. Selon l'Office fédéral de la santé publique, il y a bien eu une forte augmentation au cours des 50 dernières années. "Alors que les produits cannabiques consommés dans les années 1960 contenaient moins de 3 % de THC, la majorité présentent actuellement un taux entre 10 et 20 %", écrit l'OFSP sur son site.

Mais le taux de THC n'est pas en moyenne "hardiment au-dessus des 20%". Les chiffres publiés par la Société Suisse de médecine Légale (SSML) montrent une légère augmentation au cours de la dernière décennie. Selon la SSML, qui analyse le cannabis saisi par la police, le taux moyen de THC de la marijuana a varié entre 7 et 13%, celui du haschich entre 10 et 19%.

 

Valentin Tombez

>> Voir ou revoir le débat d'Infrarouge dans son intégralité:

Cannabis en kiosque: vers la légalisation ?
Infrarouge - Publié le 15 mars 2017
 

Publié le 16 mars 2017 - Modifié le 16 mars 2017