Modifié le 15 février 2017

L'Eglise catholique prête à indemniser les victimes de prêtres pédophiles

L'Eglise catholique a mis sur pied une commission d'indemnisation pour les victimes de prêtres abuseurs.
L'Eglise catholique a mis sur pied une commission d'indemnisation pour les victimes de prêtres abuseurs. [Peter Muhly - AFP]
Le témoignage d'un Fribourgeois violé durant des années par un prêtre pose à nouveau la question de la réparation aux victimes. L'Eglise catholique annonce que sa commission d'indemnisation est en place.

La sortie mardi du livre-témoignage de Daniel Pittet, un Fribourgeois violé pendant plus de trois ans par un capucin, met à nouveau en lumière la question de la réparation aux victimes.

>> Lire: Violé pendant des années par un prêtre, un Fribourgeois pardonne et témoigne

La commission mise sur pied par l'Eglise catholique, composée de six membres, a pour tâche d'étudier les demandes, a indiqué mardi Joseph Bonnemain, membre d'une commission spécialisée de la Conférence des évêques suisses (CES).

Cette nouvelle instance a déjà reçu deux lettres depuis sa constitution en janvier et s'attend à en recevoir plusieurs autres des diocèses et de la Commission d'écoute, de conciliation, d'arbitrage et de réparation (CECAR) dans les semaines à venir, indique une collaboratrice.

Jusqu'à 10'000 francs

Le montant des réparations variera en fonction de la gravité des cas. Cela pourra aller jusqu'à 10'000 francs, voire 20'000 pour les abus très graves. Le Fonds doté de 500'000 francs n'est destiné qu'aux cas prescrits par l'Eglise, soit 20 ans après la majorité.

Concrètement, une victime qui veut déposer une demande de reconnaissance et de réparation doit s'adresser à son diocèse ou, en Suisse romande, à la CECAR. Ces instances étudient dans un premier temps la requête et la transmettent ensuite à la commission d'indemnisation.

Plus de 200 victimes recensées

La Conférence des évêques suisses avait indiqué en décembre dernier que 223 victimes avaient été recensées entre 2010 et 2015, dont 49 étaient des enfants de moins de 12 ans au moment des faits, souvent anciens. Pour la même période, les chiffres montrent un total de 204 auteurs, prêtres, religieux ou théologiens. Les chiffres de 2016 ne sont pas encore connus selon Joseph Bonnemain.

jvia avec ats

Publié le 14 février 2017 - Modifié le 15 février 2017

Défenseurs des victimes sceptiques face à la bonne volonté de l'Eglise

L’acte de contrition de Charles Morerod lundi dans Forum face au livre-témoignage de Daniel Pittet ne convainc pas les milieux de défense des personnes abusées. Pour l'association Groupe SAPEC, qui soutient les personnes abusées dans une relation d’autorité religieuse, l’omertà n’est pas terminée dans l’Eglise.

Interrogée à son tour mardi dans Forum, sa vice-présidente Marie-Jo Aeby ne croit pas que l'Eglise veuille véritablement faire toute la lumière. "Je crois que c'est assez cohérent pour une institution comme l'Eglise, qui est attaquée, de réagir en disant 'nous voulons faire toute la lumière'. Mais moi, je n'y crois pas", dit-elle.

Marie-Jo Aeby est convaincue que cette transparence est la volonté de Monseigneur Morerod dans son diocèse mais imagine mal le Valais faire la même chose. "Nous avons énormément de témoignages de personnes en Valais qui ont été abusées il y a bien des années. Mais les gens n'osent pas s'exprimer. Il y a encore comme une chape de plomb et je crois que l'Eglise valaisanne est terrible, les gens n'osent pas s'exprimer."

Charles Morerod promet une enquête

Le président de la Conférence des évêques suisses Charles Morerod a promis une enquête sur le cas du prêtre pédophile fribourgeois évoqué ces derniers jours, aujourd'hui âgé de 76 ans.

"Depuis mon entrée en fonction, en 2011, environ 30 victimes m'ont contacté et trois cas de prêtres suspects ont été dénoncés à la justice", a-t-il déclaré dans Le Matin et le Blick.

Lundi dans Forum, il revenait sur le livre écrit par la victime et préfacé par le pape François. "Cela ne nous met pas sous un jour favorable, c'est le moins qu'on puisse dire", note l'évêque. "Mais je crois qu'il faut honnêtement reconnaître le problème. C'est une partie de la solution pour peut-être apaiser un peu la souffrance de certaines victimes."